Bordone

 

 

 

Paris Bordone

Vers 1550 ; 101x195 cm

 

 

Un effort est nécessaire pour reconnaitre dans cette toile une Annonciation. Marie, au premier plan à droite, curieusement déséquilibrée, regarde en direction de la lointaine et aérienne figure de l'Ange Gabriel que notre œil a fini par découvrir. C'est qu'attire par l'extraordinaire creusement perspectif de l'architecture, le spectateur a sans doute négligé de prendre en compte Le format du tableau à l'extrémité gauche duquel, perdu dans le lointain, Gabriel est apparu. Etonnante composition de l'artiste qui a voulu que le spectateur se pénètre de l'idée que l'Annonciation, avant d'être le spectacle d'un échange entre une jeune fille et un ange, est d'abord celui d'une surprise, dont la Vierge accuse le coup. Surprise à nos yeux d'autant plus surprenante qu'il nous a fallu en débusquer l'origine. Autrement dit, en artiste soucieux de ménager ses effets, Bordone a désiré que de la conséquence - la Vierge dans tous ses états- nous remontions jusqu'a la cause - la discrète mais bouleversante arrivée de Gabriel.

Cherchant à se démarquer de la scénographie reçue, Paris Bordone invente donc un dispositif on ne peut plus manière, brillant même, mais dont on peut se demander s'il est encore œuvre de dévotion. La fin et les moyens, a savoir la Célébration de L'Histoire Sainte et la Peinture n'ont-ils, ici, pas trop explicitement échange leur rôle ? Ce rêve de pierre, qui emprunte aux décorations théâtrales fort en vogue dans les fêtes aristocratiques - on songe aux planches de Serlio - n'est-il pas le vrai sujet de cette Annonciation ?

Cette architecture compliquée relègue la nature a la portion congrue, ou plutôt la remplace, si tant est que ces colonnades, répétées à l'infini, forment a elles seules un monde ou ne compterait que l'artifice. Point de couleurs vives, hormis le bandeau discontinu de ciel et, au premier plan, le rouge de la robe de Marie, que rehausse une lourde draperie verte. Entre ces plages "toniques", la minéralité excessive de l'édifice laisse effectivement accroire que la vie s'est retirée du Cœur des choses.

Pourtant, au-delà de ce "caprice", bien dans le gout d'un temps anxieusement tendu vers les bizarreries stylistiques, on sera, malgré tout, enclins a voir le témoignage d'un artiste soucieux de dire l'espoir du message évangélique : en marge de cette structure labyrinthique, qui n'est peut être pas sans lien avec la mélancolie d'une époque désireuse de s'illusionner, voici qu'une jeune femme chancelle a la vue de l'Envoyé de Dieu. Comme si ce tableau recelait son propre principe de régénération.

A l'étage, deux personnages minuscules observent la scène. A l'instar de David guettant Bethsabée ou des Vieillards épiant Suzanne, ils constituent un point de vue a partir duquel le tableau affirme, par contraste, la sainteté de la doctrine chrétienne : ces personnages, qui sont des voyeurs, regardent, incrédules, le colloque sacre, alors qu'a l'opposite de ces derniers les croyants, face a la toile, se sont faits contemplateurs. 

 

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Claudio Monteverdi : Vespro della Beata Vergine : Magnificat