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Broederlam |
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Plusieurs théologiens chrétiens, au même titre que nombre de détracteurs du
mystère de Notons que cette naissance du Christ s'inscrit dans le cadre plus général des naissances mystérieuses et incompréhensibles, symétriques des grossesses de femmes stériles (Elisabeth dans le Nouveau Testament, Sarah dans l'Ancien). Comment comprendre qu'une femme qui a des rapports sexuels ne parvienne pas a etre enceinte ? Comment comprendre qu'une femme vierge puisse être enceinte ? Telles sont les deux énigmes que le tableau de Melchior Broederlam pose puisqu'il associe Annonciation et Visitation. Nous analyserons seulement la partie gauche du panneau qui correspond à l'Annonciation. Nous retrouvons les trois protagonistes traditionnels de la scène : au premier plan sur la gauche, l'ange Gabriel, tenant dans ses mains un phylactère serpentant sur lequel doit vraisemblablement être inscrit l'annonce faite à Marie de sa grossesse ; toujours sur la gauche, dans le triangle supérieur du panneau, Dieu le Père souffle en direction de Marie. Ce souffle divin est figure par un rayon lumineux qui se transforme en colombe à l'approche de la tête de la jeune fille. On peut raisonnablement penser, sans solliciter l'image, que ce souffle-rayon, cette parole rayonnante, frappe ou s'introduit dans l'oreille de Marie. De même que le souffle invisible se matérialise en rayon lumineux, la parole de l'ange Gabriel se matérialise en phylactère, c'est à dire est traduite dans le registre du visible et du lisible. Un grand nombre d'autres Annonciations mettent en scène, parfois de manière plus explicite et en tous cas de manière récurrente, une conception de Jésus par l'oreille de Marie. C'est en effet la parole de Dieu, retransmise par l'ange Gabriel, qui est la source de la conception de Jésus : parole divine vaut acte. Or ce thème de l'insémination verbale, de la fécondation d'une vierge par l'oreille, se trouve être non seulement une thèse théologique classique, mais un thème fréquent dans les mythologies, notamment dans les récits de naissance d'êtres d'exception. Cette relative universalité du thème n'est pas sans rappeler une universalité équivalente concernant ce que Freud a nommé les "théories sexuelles infantiles". L'enfant qui est confronte à l'énigme sexuelle de la procréation est au fond dans la même posture que l'adulte qui cherche à comprendre la conception mystérieuse du Christ par la Vierge Marie, ou encore la non moins mystérieuse conception d'enfants par des femmes stériles. Or, face a l'énigme de la sexualité, l'enfant, non sans logique, imagine des solutions souvent orales (fécondation par la bouche par ingestion d'aliments, ou par absorption d'air gonflant le ventre), parfois acoustiques (une parole ou même un bruit pouvant être considérés comme la source de la fécondation). Cette équivalence entre le mot et l'acte est d'ailleurs fréquemment à l'œuvre dans l'hystérie. Enfin, il n'est pas sans intérêt, d'un point de vue psychanalytique, de noter dans cette Annonciation de Broederlam que le message divin communique par l'ange Gabriel épouse la forme du serpent tentateur. Le sexuel est inconsciemment affirme par une sorte d'acte manque plastique à l’endroit même ou le message du phylactère le dénie. La fleur de lys de la virginité, placée au premier plan du tableau, a certes le pouvoir de neutraliser symboliquement la tentation mais non de l'annuler plastiquement. Se trouve ainsi vérifié le principe psychanalytique selon lequel l’inconscient ignore la négation.
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♫ Joseph Hayden : La Création (Die Schöpfung : Mit Staunen sieht das Wunderwerk)