Piero Della Francesca

 

 

Piero Della Francesca

Vers 1454-58; 329 x 193cm.

 

A l’intérieur du cycle - originalité de son programme -l'Annonciation occupe la place dévolue , dans la légende, a l’épisode de la Fabrication de la Croix (celle de la mort du Christ) par les menuisiers juifs. Si l'on prend en compte la construction cruciforme de l'œuvre, via la quadripartie de sa surface, engendrée par l'intersection de la verticale centrale (colonne et aplomb du mur) et de l’horizontale de l'architrave (poursuivie à gauche par celle de la corniche), cette dérogation à la storia s'éclaire : la fabrication matérielle de la Croix est remplacée ici par l'image, dissimulée au creux de la perspective, de « son invention divine », c'est-a-dire le plan du Salut de l’humanité voulu par Dieu a travers le sacrifice du Fils.

La colonne, de la même hauteur que la Vierge, renforce la majesté de la future Mère de Dieu, insistant ainsi sur la collaboration mariale à l'Oeuvre divine. Un réseau de relations complexes relie entre elles les quatre parties de la fresque. Dans le quart supérieur droit, le seul « inhabité », une barre brune flèche vers la gauche l’origine de l’événement, Dieu le Père, mains ouvertes en direction de Marie, indexe à la verticale au dessus de 1'Archange Gabriel. Lequel tient dans la main gauche une palme, celle de la Victoire mats aussi celle du Martyr et de la Passion du Christ.

 

 

 

 

 

 

Annonciation, fronton du polyptyque de Saint-Antoine. Vers 1469-70
170 x 191,5 cm, ensemble : 338 x 230cm

La conception de cette Annonciation a certainement été infléchie par son encadrement en gradins, au rythme desquels les architectures représentées s'ajustent de façon extrêmement calculée. Partant de l'image de l'Hortus conclusus, Piero aboutit à la conception d'un vaste cloître, et introduit celui-ci dans un jeu de colonnes qui, à première vue parait simple, mais qui, examiné de plus près, révèle tout sa complexité. L'artiste semble expérimenter au maximum ses connaissances des règles de la perspective et des mathématiques. Peut-être en prélude au De Prospettiva pingendi, son traite qu'en 1474 il dédiera au duc Federico da Montefeltro. Piero crée ici une mise en scène subtile que le spectateur est appelé à reconstruire, car, du point de vue ou est place l'Archange, la Vierge, quelque peu recluse, est« signée » par la colonne gémellée médiane. En effet, la loggia se compose en profondeur de deux travées, de sorte que la double colonne entre les deux travées se trouve exactement devant Marie, qui se tient sur la même dalle blanche que celle sur laquelle Gabriel est agenouillé. Le creusement perspectif central, l'aplatissement de l'espace de la loggia a droite, les ombres portées implacablement, et l'encadrement qui recouvre a gauche la base de la colonne, créent une ambigüité volontaire : d'où la difficulté à situer l'un par rapport à l’autre les deux acteurs de la scène. Logique visuelle du secret, « pour communiquer, sans le révéler, le Mystère de l'Incarnation ».

 

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