Duchamp

 

 
Marcel Duchamp
« Avoir l'apprenti dans le soleil », 1914,
« La voie lactée chair », vers 1913,
«L'épanouissement ABC », vers 1913.
Dessins et manuscrits ayant accompagne l'élaboration du Grand Verre, intitulé :
« La Mariée mise à nu par ses célibataires même » 1912-23 et 1934-36

 

 

Le Grand Verre de Marcel Duchamp est le carreau d'une lanterne dans le vacillement de laquelle un errant, un male en peine, un pauvre d'esprit, le gaz d'éclairage, accomplit le destin inscrit dans son nom même : il éclaire, pour peu que les regardeurs veuillent bien prendre la peine de craquer l'allumette. Oh, la lumière doit d'abord en passer par tous les états de la matière. Charbon à l’origine, concasse, triture, enfin liquéfie comme une serpillière et plus obscur que jamais, l'esprit en quête de son éclairage intérieur précipite dans le serpentin d'une pente bouclée à triple tour. Pour commenter cette chute, Duchamp a dessiné sur une feuille de papier à musique un apprenti dans le soleil personnifie par un cycliste escaladant une côte. Diable ! Duchamp illustre une pente par une côte ! Et de la même plume il nous révèle que la divinité-mariée qui conduit de malchances en petits bonheurs le célibataire vers l’éblouissement exprime ses désirs et expédie ses ordres sous les dehors d'une flamme consistante. Langue de feu, huilée par la rosée de la jouissance, qui s'élance à travers le ciel lécher la boule virevoltante d'un jongleur émancipée la pesanteur : le Soigneur de gravité. Ce vent vivant, ce souffle enflamme ne tardent pas à se charger de lettres, écritures qui fluent comme le sang et le sens de la voie lactée chair. La Vierge-Mariée arrondit son sein a l'égal d'une galaxie, et, redonnant voix au e muet du féminin, prononce l'Evangile selon Eve. La merveilleuse légende des temps modernes que Duchamp a illustré sur un vitrail applique à cru sur les entrailles, prophétise à rebours : c'est la chair qui se fait verbe, et c'est la femme qui dicte la loi. Les exégètes trop gourmands d'histoires saintes vont devoir mouiller leur vin de messe. Pentecôte n'est après tout qu'un clin d'œil des grandes vacances. Bien que Duchamp se soit acharné à ce que la peinture depassatia retine, qu'elle retrouvât le chemin de la cosa mentale, qu'elle se souvint d'avoir une mission parareligieuse à remplir: maintenir allumée la flamme d'une vision intérieure, c'est en brulant quelques bonnes fiasques d'essence d'amour qu'il octroya à la machine mère la force de faire route jusqu'a l'enfant-phare, l'enfant-dieu. Peintre défroqué, il n'a pas portraiture la Mariée en sainte. De l’immaculée Conception il n'a retenu, sourire en coin, que les deux sonorités qui en dissipent le mystère. Et Vautel sur lequel danse le messager aile, l'ange superbement sexué qui cicatrise la coupure entre le bas et le haut, entre le male et la femelle, le guérisseur volatil, le Soigneur de gravité, est un guéridon de bistrot. Son Annonciation affecte volontiers l'allure d'une de ces petites annonces des magazines galants : Femme, libre, forte poitrine, désire rencontrer hommes non mariés, imaginatifs avec un brin de vulgarité indispensable pour échangés d'idées et en plus si affinités ...

 

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♫ W. – A. Mozart : Concerto pour piano Nº 21 en ut majeur