Petrus Christus

 

   

Petrus Christus

(Annonciation Friedsam)

1465 ; 77,5 x 64,5 cm

 

Marie est sur le seuil d'une église ; ce qui, pour les hommes du XV° siècle, n'a rien d'étonnant, tant est forte l'idée que Celle qu'on appela longtemps "la Haute Dame" n'est chez elle qu'au sein d'une architecture sacrée. L'anachronisme est un point de vue moderne qui voudrait, encore, nous faire admettre que la Mère de Jésus, à coup sur illettrée, était incapable d'avoir un livre de prières en main. Mais pouvait-on concevoir que la Vierge, parfaite en toutes choses, fût incapable, de s'adonner a des lectures spirituelles ?

Reine du Ciel (c'est écrit sur la seconde marche de l’édifice), Marie, dont le vêtement, évidemment bleu, a l'élégance des habits aristocratiques, n'est pas l'humble Palestinienne sur qui Dieu a jeté son dévolu, mais une Vierge aristocrate. Précisons : non pas une vierge en majesté, une Majestà, ce qui aurait suppose de Marie qu'elle fut assise, l'enfant Jésus sur les genoux, mats une Vierge majestueuse.

C'est donc à un personnage d'une grande prestance que s'adresse Gabriel, vêtu, lui aussi, de luxueux atours. Son manteau de brocart, ferme par une broche du même bleu que le manteau de Marie est du plus bel effet. Pour signifier l'absolue noblesse des personnages, l'artiste aura sans nul doute puise dans le protocole des cérémonies que sa fréquentation des cours du Nord lui avait rendu familier. En vêtements de cour, Gabriel n'a-t-il pas quelque chose du vassal venu faire allégeance auprès de sa Dame, la Reine du Ciel ?

Mais, fermement postée a l'entrée du Temple, telle une "vestale chrétienne". La Vierge est aussi l'Eglise - la Mater Ecclesia. Symboliquement parlant, le porche est son cadre d'élection.

Au-delà du jeu hiératique des personnages. le décor, aussi bien architectural que paysager, n'est pas, non plus, sans retenir l'attention. Que signifie, par exemple le mur d'enceinte en mine alors que la scène à proprement parler montre, au contraire, tous les signes de l'apprêt ? Et que penser de tous ces détails qui font de l'édifice un ensemble curieusement dissymétrique ?

Le mur d'enceinte qui sépare l'église de la nature ferait partie de ces éléments au "symbolisme déguise" dont parle Panofsky dans un texte consacre à l'Œuvre. II serait la marque d'une première séparation des hommes d'avec le monde des simples forces naturelles vouées à la croissance et au dépérissement sans fin. Quant a l’édifice sous le porche duquel Marie agrée le salut de l'ange, il convient également d'en comprendre les apparentes bizarreries. Parmi ces dernières, on notera le fait surprenant que la partie gauche de la façade (à droite de Marie) est manifestement gothique, alors que ce qui nous est laisse a voir de la partie droite (à gauche de la Vierge) comporte des éléments plus anciens : les colonnes géminées (en référence au Temple de Salomon), la figure grotesque d'un singe sculpte, etc. Deux âges seraient ainsi représentes : d'une part, l'âge chrétien, assimile au style gothique ; d'autre part, l'âge préchrétien, c'est-à-dire l'âge vétérotestamentaire. A la jonction de ces deux âges, Marie, Elle-même, sublime passage entre les deux ères, sub lege et sub gratia : l'ère de la Loi et celle de la Grace.

Au dessus de la Vierge une niche vide : celle qui est destinée à accueillir l'image du Christ, dont nous est annoncée, ici, la Venue.

 

Autres œuvres :

Annonciation 1452 ; 85.5 x 54.8 cm

Annonciation et nativité 1452 ; 134 x 56 cm

 

 

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Georg Friedrich Haendel: Le Messie (And the glory of the Lord shall be revealed)