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Pinturicchio
(Bemardino di
Betto, dit)
1500
fresque
Spello, Santa-Maria Maggiore.
L'Annonciation que peint
Pinturicchio dans une chapelle de Santa Maria Maggiore à Spello tresse le
temps sacré au temps profane. Seule la peinture est en mesure de mettre en
évidence la présence simultanée de ces deux temps. Et c'est ce pouvoir du
peintre que Pinturicchio affirme par cette fresque.
C'est le silence même qui
est peint. Silence de l'humilité qui a consenti à faire sienne la volonté de
Dieu. La bouche de l'archange est refermée comme celle de la Vierge. A la
main levée de Gabriel à l'index et au medium dresses, geste pareil à celui
de Dieu même, répond la paume ouverte de Marie qui consent. Et sa tête
inclinée, et ses paupières baisses et ses doigts tendus vers un livre ouvert
confirment encore les derniers mots qu'elle vient de prononcer devant
l’archange : « ...qu'il en soit fait selon ta parole. » Vierge, elle est
enceinte d'un fils qui sera appelé le Fils du Très Haut. Le silence suffit à
« dire » que ce qui doit être accompli le sera.
Et il revient a l'espace
de signifier comment doit s'accomplir la volonté de Dieu. Dieu, la Vierge,
le Saint Esprit entre eux, l'archange Gabriel genoux en terre devant la
Vierge sont en place sur un même plan, j'entends a la même distance. Une
bande de dalles de marbre blanc en trace la base sur le sol. Et c'est au
travers de ce plan-ci que toutes les lignes qui construisent l'espace -
celles que dessinent les marbres de couleurs, celles des trois arcades qui
s'emboitent, celles que rythme la perspective des colonnes, celles de
parterres derrière des clôtures de part et d'autre d'une allée - conduisent
le regard de celui qui prie devant cette fresque de Santa Maria Maggiore de
Spello. Et le paysage, ou au loin des hommes s'affairent, est pareil a celui
que le fidele qui prie dans cette chapelle vient de traverser et qu'il va
retrouver en sortant de l'église, sa prière achevée. Le plan ou s'accomplit
l'Incarnation et le parcours du regard du pêcheur qui retrouve, au-delà de
l'Annonciation, un monde païen qu'il sait être le sien et ou ceux qui vont
et viennent sont pêcheurs comme il est pêcheur, sont perpendiculaires l'un à
l'autre. Perpendiculaires comme les bois d'une croix. Le chrétien qui prie
ne peut croiser ni ne regard de Dieu ni celui de l'archange ni celui de la
Vierge. II ne rencontre, à droite, derrière la Vierge, que le regard d'un
portrait accroche sur le mur. Celui du peintre.
BERNARDINUS PICTORICIUS
PERUSINUS
Et ce Bemardino, peintre
de Pérouse, peint son propre portrait sous une echarpe dont l'ombre portée
ponctue les pierres du mur. A la manière du rideau peint par Parrhasios qui
trompa Zeuxis. Récit de Pline : « Zeuxis apporta des raisins peints avec
tant de bonheur que les oiseaux vinrent becqueter sur la scène. L'autre
apporta un rideau peint avec tant de vérité que Zeuxis, tout tiers de la
sentence des oiseaux, demanda qu'on tirât encore le rideau pour faire voir
le tableau. Puis, reconnaissant son erreur, il céda la palme avec franchise
et modestie, disant qu'il n'avait trompe que des oiseaux tandis que
Parrhasios l'avait trompe lui, un artiste. » (1) La gloire de Parrhasios qui
affirma « le terme suprême de notre art, cette main l'a trouvé ; la borne en
est là, qu'on ne peut franchir » Pinturicchio, peintre des appartements
romains du pape Alexandre VI Borgia, Pinturicchio qui se dit « egregius
pictor », Pinturicchio prétend qu'elle soit la sienne. Si, sous le cartel
qui le nomme, il peint encore trois pinceaux croises, c'est parce que c'est
par l'Annonciation même que la Trinité devient une réalité comme c'est parce
que c'est a la peinture qu'il revient de designer l'invisible.
(1) Textes grecs et
latins relatifs à l’histoire de la peinture ancienne, Recueil Millet,
Paris, Adolphe Reinach, Paris, p 213.
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