Poussin

 

 

 

Nicolas Poussin

1657 ; 105x103  

 

Les signes, ostensibles, de la représentation théâtrale abondent : dans la présence du rideau derrière l’Ange, dans les gestes et les attitudes de Marie et Gabriel, dans le fait que ces derniers ont pris place sur un plancher de circonstance, et redouble - pour ce qui concerne la Vierge - par une petite estrade censée marquer l'aire de la domuncula, etc. A tous ces signes s'oppose le fait que la peinture, en tant que telle, n'entend point sacrifier ses droits : la pièce de bois à l'avant scène, fixée sur le plancher vu en coupe, ou sont graves le nom du peintre et la date d'exécution de l'œuvre, est, à la fois, un objet en trompe-l’œil et le cartello d'un tableau.

Que penser, a cet égard, de l'éclairage qui fait briller les couleurs d'un feu intense ? Le jaune et le violet du vêtement de Marie (qui font merveille), la découpe du triangle de lumière sur la robe, à la hauteur du genou gauche de la jeune fille, l'incarnat des lèvres et des joues de Gabriel repris en majeur par le Vermillion des ailes, etc., jettent un jour étrangement vif sur cette rencontre mystique. En bref. Le rendu pictural de la scène est à la hauteur du mystère qu'il célèbre. Poussin proclame que ce qu'il convient de regarder surpasse infiniment ce qu'il y a à voir.

Au-delà de la représentation, quelque chose, en effet, excède les codes de la représentation. Elle ne "joue" en aucun cas, la jeune femme qui, les yeux fermes, et dans un état second, est en train d'éprouver le cheminement de la Grace en elle. II a beau, avec ce visage trop farde, sortir tout droit de quelque fresque romaine, l'Ange, est, ici et maintenant, en train de prononcer les paroles de l'Ave.

L'artiste fait de cette Annonciation une sorte d'instantané supérieur dont l'étrange particularité voudrait que ce dernier ne se présente pas comme l'instant fige d'une disposition arrangée, mais tel la fine pointe d'une acmé :

- extatique pour la Vierge, chez qui les exigences du quant-à-soi se sont trouvées partiellement abolies ;

- gestuelle et emphatique chez Gabriel, dont les bras forment un angle, sur la bissectrice duquel se trouve 1'oiseau divin.

Expression de la sublimitas, 1'œuvre veut qu'au moment ou la Vierge, ravie et les bras tendus vers la terre, semble ne plus s'appartenir, le Paraclet, ailes déployées, descende sur la future mère de Dieu. L'éloquence éclate, bouleversante, qui, transcendant les nécessaires artifices de la composition, et déjouant les pièges de l'imagerie, laisse percer des accents qui ne trompent pas. Parlant de l'art des textes oratoires de Bossuet, Valery disait : "l'arche demeure " ; voulant dire par là que la poésie du grand prélat demeurait intacte. Toutes choses égales, il ne semble pas exagère d'affirmer que Poussin est, lui aussi - et quelles que soient nos options- convaincant.

On a souvent compare cette Annonciation à la très baroque Sainte Thérèse sculptée par Le Bernin, et sise à Rome en l'Eglise Santa Maria della Victoria. S'il est vrai que Marie et Thérèse, "hors d'elles-mêmes", sont sœurs, l'on conviendra que la Vierge et Gabriel, que bride le classicisme le plus pur, atteignent, seuls, au hiératisme des plus hautes manifestations de l'art sacre.

Autres œuvres :

 - 1627; 75x95 cm

 

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Beethoven : Sonate pour piano Nº 8 en ut mineur, op. 13, « Pathétique » 2º mouvement