
|
|
Richter |
|
|
|
Gerhard Richter L’annonciation selon Titien 1973
Ce triptyque d'après l’Annonciation de Titien n'est pas la reprise par copie directe de l’œuvre originale mais une interprétation d'après son image photographique, parfaitement nette quant à elle. Dès le début des années soixante, Richter réalise des peintures a l'huile à partir de photographies qu'il découpe dans la presse ou d'autres qu'il prend lui-même. Images d'amateur le plus souvent impersonnelles, anonymes, banales, celles-ci sont utilisées sur la toile par agrandissement à l'aide d'un épiscope et jouent pour Richter le rôle de ready-mades. Ce sont des images déjà-là du réel, déjà données avec leur cadrage et leur exposition, possédant déjà une vague construction qui ne pourrait être obtenue par l'observation directe des mêmes phénomènes. Le choix technique, plastique, le contenu et le sujet y sont déjà fortement conditionnes. Durant les années soixante les toiles sont majoritairement en noir et blanc ou, plus précisément, travaillées dans les couleurs grises, et au début des années soixante-dix elles comporteront des couleurs. Les toiles vont jusqu’à reprendre certains des précédés photographiques tels que le bougé ou le filé, d'où le flou de la plupart des toiles. Dans cette interaction Richter s'intéresse principalement a un « art de la surface », car a la précision et à la factualité de la photographie 1'artiste oppose l'imprécision et la fiction de la peinture. Ce que l'on considère comme le flou, le filé et le bougé photographiques, la sur et la sous-exposition, n'a aucun sens en tant que peinture : « Les tableaux ne sont jamais flous. Ce que nous considérons comme indistinct est en fait de l'inexactitude, et cela signifie être indifférent en comparaison du sujet peint. Mais puisque les tableaux ne sont pas faits pour être comparés a la réalité, ils ne peuvent être indistincts, ou inexacts, ou différents (différents de quoi ?). Comment la couleur sur une toile peut-elle ne pas être nette par exemple ? » Paradoxalement, et contrairement à la photographie, la peinture de Richter ne documente plus le réel, elle l'efface. En prenant comme modèle de son triptyque, non une image produite mécaniquement, mais l'image d'une peinture, Richter met principalement en avant la gestuelle du peintre et la texture du matériau, tendant presque a l'abstraction, sans y parvenir véritablement, puisque quelques éléments de la toile du Titien sont encore reconnaissables. Lues de gauche a droite, les toiles semblent montrer comment s'opèrent les transitions picturales qui mènent du figuratif au non-figuratif, retraçant ainsi une certaine histoire de la peinture qui, depuis Titien, par exemple, a abouti à l'œuvre même de Richter, laquelle n'en serait que l'un des accomplissements logiques. Lues en sens inverse, les toiles deviennent plutôt des esquisses, des ébauches prenant peu à peu forme à mesure que le regard va vers la partie gauche. Entre composition et décomposition, entre défiguration et refiguration, le thème moderniste de la peinture comme sujet en soi est savamment mis en scène par Richter : gommer le sujet perçu sur la toile, tel semble être le but de cette peinture.
|
♫ Claudio Monteverdi : Vespro della Beata Vergine : Magnificat