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Dante Gabriel Rossetti
Ecce ancilla domini
72,4x41,9
Dante
Gabriel Rossetti, issu du mouvement préraphaélite, cherche dans sa toile
Ecce ancilla domini, peinte en 1850 à donner à l'Annonciation une plus
grande lisibilité, une nouvelle lecture. Selon les principes de ce
mouvement, l'art depuis Raphael avait perdu la capacité d'exalter le message
des épisodes religieux, par trop d'artifices et d'habitudes figuratives.
Influence par l'esthétique gothique et une certaine idée de la pureté,
Rossetti développe dans cette toile ce que Danielle Brückmuller-Genlot
appelle un «réalisme symbolique», en mêlant une vision romantique du Moyen
âge à un souci quasi obsessionnel de l'exactitude et du réalisme dans la
représentation. Le choix du thème de l'Annonciation s'est impose
naturellement a Rossetti car il s'inscrit dans la quête de l'idéal féminin
qui le hantera tout au long de sa vie. Ce sujet rut souvent aborde par des
peintres au cours des siècles, largement connu du public. Pour cette raison,
Rossetti voulut tenter d'en moderniser la représentation.
Pour renouveler ce thème de
l'Annonce faite à Marie, Rossetti fait appel a un minimum de canons
iconographiques, en positionnant la tête de l'Ange sur la fenêtre pour
montrer qu'il vient de l'extérieur, en figurant la colombe et le
lis, la pourpre du temple (que la Vierge brodait dans une toile
précédente relatant son enfance. The Girlhood of Mary Virgin, 1849)
et en appliquant efficacement les couleurs symboliques comme le blanc, le
rouge et le bleu. La blancheur, symbole virginal, est d'ailleurs
omniprésente et les rares aplats de couleurs ne font que l'exacerber. Fidele
aux références du groupe préraphaélite, Rossetti transcende l'humilité
mariale dans un décor quasi monacal, bien éloigné de l'ostentation des
successeurs de Raphael qui lui faisaient horreur. D'ailleurs, le nimbe
archaïque des protagonistes fait directement référence au type représentatif
bidimensionnel et doré du Trecento et Quattrocento. Mais le plus surprenant
de la part de Rossetti est d'avoir figure l'Annonce au réveil, par surprise.
II est vrai que les textes apocryphes sont assez évasifs quant au moment
exact de l'action, mais il s'agit d'une audace qui ne manqua pas de choquer
la critique. .. Dans la chambre, le lit n'était auparavant que
suggéré, chastement représenté, et non incontournable, ni même occupé. De
surcroit, l'espace intime de Marie est pénétré par un Ange imposant
dont la tunique largement fendue laisse deviner son anatomie. Son statut
angélique, indubitable malgré son absence d'ailes, puisqu'il a un nimbe et
des flammes sous les pieds, n'empêche pas qu'une tension érotique s'installe
dans cette confrontation. Elle se retrouve renforcée par une promiscuité qui
avait été jusqu'ici évitée par les peintres. Gabriel pointe son lis
vers le sexe de la Vierge, apeurée ou résignée, dont les bras nus révèlent
une grande sensualité. La Vierge d'humilité est généralement
dépourvue de sa charge sexuelle car elle avant tout la mère du Christ
et n'est donc plus tout à fait humaine. Or elle retrouve ici toute sa
féminité dans cette vision mystique que Rossetti parvient en quelque sorte à
laïciser.
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