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Titien
(Tiziano Vecellio, dit Le )
Vers 1564-65
Vasari le premier, en 1568, parle
de cette œuvre, mais dans un ton plutôt négatif, car le processus de
dissolution picturale et l'éclatement de la touche le laissent perplexe. II
regrette "la finesse et le s oin incroyable" des œuvres de jeunesse, par
rapport a celles "exécutées a grands traits, brossées grossièrement et avec
des taches, de manière telle qu'on ne peut pas les voir de près, mais que de
loin elles apparaissent parfaites". En effet, vu de près, hormis le
vase transparent a droite qui montre bien que le grand âge n'est pas la
cause de ce traitement pictural, la surface de la toile n'est qu'un magma
incandescent de matières chromatiques, et les formes ne se reconstituent
qu'avec un regard éloigné ; c'est pourquoi a son propos l'historien
Roberto Longhi (1946) emploiera l'expression "d'impressionnisme magique".
Titien a souvent traite le thème
de l'annonciation, de la version de Trévise (152Q), a celle de San
Rocco (1540), jusqu'a celle de San Domenico Maggiore (1576), dont
la composition est la plus proche de celle de San Salvador.
Ici le peintre représente simultanément l'annonce à
Marie et sa réalisation : la conception du Fils de Dieu. Marie, surprise
dans sa lecture, écarte son voile d'un geste vif, déjà inondée par la
lumière divine et dans une attitude d’acceptation : les fleurs flamboyantes
et l'inscription qu'elles surplombent indiquent sa virginité
perpétuelle. "Ignis ardens non comburens" lit-on, ce qui signifie
"Feu qui brule sans consumer", allusion au buisson ardent par lequel
Dieu se manifesta a Moise (Exode. 3,1-14. Réau, tome 2, p. 185-87).
Sur la page du livre entrouvert, on peut lire
le mot "signu", peut-être inspiré du verset de Saint-Luc (2,12):
"et hoc vobis signurd "et voici à quel signe (vous le reconnaitrez)".
L'archange Gabriel, en tunique aux irridescences rosées, les ailes déployées
formant croix avec son corps, arrive de la gauche.
La scène
est délimitée par des éléments architecturaux majestueux : à gauche des
colonnes cannelées qui s'enfoncent obliquement, au premier plan des
marches qui mènent au dallage.
Dans la
partie supérieure, les anges forment un cercle tumultueux autour de
la colombe qui descend dans un éclat de lumière ardente, et
participent eux-mêmes, par leur agitation, a la réalisation de l'Annonce.
Au loin palpite la lueur
rougeoyante d'un jour finissant qui unit ses effets a l'éclair violent du
Verbe faisant irruption, et au rouge du vêtement marial.
La scène est noyée dans un
scintillement de flammes dorées, dans un ruissellement de nuances, les
contours se dissolvent au profit de la fluidité des formes indiquées alors
par les grandes taches de couleur. Formes, lumières et couleurs ne sont plus
des entités distinctes, elles apparaissent en fonction les unes des autres
et engendrent dans ce processus l'exaltation de l'atmosphère lumineuse.

Vers 1535-1540
166 x 266 cm
Titien reprend ici une composition déjà éprouvée, en divisant l’espace de
façon schématique par des verticales et des horizontales. Le champ pictural
s'articule principalement autour de l’orthogonale créée par l’intersection
du parapet et de l'enfilade de colonnes, organisation géométrique qui régit
la disposition conventionnelle des protagonistes- Gabriel, sorte de Mercure
angélique (cf. Panofsky p-51) s'adresse a Marie (dont le visage n'est pas
sans rappeler celui de La Venus d'Urbino , 1538), qui incarne la nouvelle
Eve, comme en attestent les nombreux objets symboliques qui l'entourent
(perdrix, pomme, feuille de figuier). Cette toile Sanscrit dans la période
dite "classique" du Titien.
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Vers 1519-1520
- 207x179 cm
Titien
exploite un schéma peu habituel dans son œuvre puisque les protagonistes
partagent le même espace, selon une répartition hiérarchisée en profondeur.
La Vierge, bien qu'en position d'humilité, occupe le premier plan tandis que
l'Ange surgit d'une obscurité habitée par le donateur. L'espace continu est
ici compartimente par la lumière qui renforce la narrativité et la
lisibilité de la scène. Titien a exploite dans ce tableau "le potentiel
scénographique de la chapelle" car cet éclairage provient d'une fenêtre
attenante a l'autel. Le peintre mêle ainsi l'espace réel et humain à cet
événement divin.
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