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Francisco de
Zurbaran
Retable
de Jerez
Après
1640 ; 267x185 cm
Si l'on
considère que peindre, des siècles durant, revint a réunir au sein d'un même
rectangle des figures que rien ne semblait devoir conjoindre, l'on admettra
que le motif de l'Annonciation fut un des sujets emblématiques de l'art du
tableau. L'Annonciation, c'est-a-dire la soudaine mise en pré sence
l’un de l'autre d'une jeune fille et d'un ange, symbolise cette nécessité
qui, toujours, poussa les artistes à composer des mirabilia,
autrement dit des rencontres miraculeuses. Toutes les rencontres de la
Grande Peinture, religieuses ou non, ne sont pas dotées de l'exceptionnelle
charge de sacre dont témoigne l'arrivée de Gabriel chez Marie, mais
toute scène érigée à la dignité d'œuvre porte en soi l'idée que l'inertie du
monde peut être vaincue.
Au plus
près du sentiment fidéiste, en ce Siècle d'Or qui verra éclore tant de
génies, Zurbaran brosse donc sa propre Annonciation, conçue pour être
accompagnée d'une Adoration des Bergers, puis d'un Adoration des Mages,
d'une Circoncision, enfin: polyptyque ou, d'un panneau à l'autre, se
reconduit l'idée de l'Incarnation. Contrairement aux conventions
généralement admises, l'Ange se trouve à gauche de la Vierge, c'est-a-dire
"coté cour” ; disposition qui aurait sans doute gêné le spectateur si ce
dernier avait du voir dans l'Annonciation une visite de l'Envoyé céleste
(comme cela fut si souvent montre au Moyen-âge), mais qui, en l'occurrence,
manifeste plutôt l'irruption de Gabriel dans la sphère privative de
la Vierge. Cependant, point là de théâtralité intempestive dans la mesure où
l'Ange n'occupe aucunement la place de qui serait venu "surprendre" Marie,
mais la cérémonieuse manifestation d'une présence soudain révélée, étrange
colloque en vérité, qui revêt plus les apparences d'une juxtaposition
entre deux personnages que celle d'un véritable dialogue dans la mesure ou
Zurbaran, à l'instar de tant d'autres peintres, a subtilement fragmente
l'espace de son tableau. Si le décor semble, bon an mal an, indiquer
l'épaisseur d'un lieu terrestre à priori parcourable, force est de
constater qu' in fine, Marie et Gabriel ne sont pas "logés à
la même enseigne". On veut dire que si l'artiste, avec une inégalable
maestria, a campé l'humble et noblissime Marie à la même "hauteur
picturale" que le superbe et réservé Gabriel, les deux personnages, comme
l'imagerie reçue a toujours tenté de le faire accroire, ne sont pas de
plain-pied. Le décor, à cet égard, constitue un indice révélateur qui veut
qu'à chacun des personnages soit assigné un arrière-plan dont les lignes
perspectives sont incompatibles entre elles. Plutôt que de voir dans cette
apparente incohérence stylistique la marque de quelque négligence de la part
de 1'artiste, on saisira, au contraire, que se trouve ici l'indice d'une
vision proprement théologique. De fait, couverte par l'ombre du Paraclet da
nuée s'ouvre néanmoins pour laisser passer les rayons). Marie nous est
donnée a voir comme si, en relation directe avec le Ciel, celle-ci s'était
quelque peu retirée du monde pour que Gabriel puisse éclater de toute sa
gloire. Atténuant, toutefois, le dispositif de la présentation des
personnages, Zurbaran a voulu que la toute jeune sévillane prêtant ses
traits à l'Immaculée Conception signifiât l'ouverture (elle désigne son sein
et ouvre sa main droite), et que, symétriquement, l'ange affichât les
marques de la plus absolue déférence, équilibre : au-delà du caravagisme de
la scène, le classicisme a imprime sa marque.
Mais,
contrevenant à tant de gravité, Zurbaran, encore, aura voulu introduire au
pied de la tablette ou repose le livre de Marie, cette corbeille
d'osier au linge blanc : superbe nature morte qui, le plus musicalement du
monde, leste cette Annonciation d'un rien de prosaïsme. Admirable économie
de la peinture.
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