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Honoré Daumier |
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Les gens de Justice
Ces lignes introduisant une analyse précoce de la célèbre série de Daumier, Les Gens de Justice, dont les 38 lithographies ont paru dans Le Charivari du 21 mars 1845 au 31 octobre 1848, avec un succès qui ne s’est pas démenti et qu’atteste le choix des reproductions figurant sur les couvertures des ouvrages consacrés à Daumier.
Dites donc, confrère … saisit, en aval du procès,
l’instant de la métamorphose du bourgeois en avocat. Daumier montre deux
avocats, les bras levés et les manches pendants, en train de revêtir leur
robe et se préparant, du même coup, à endosser le rôle de plaidoirie ; la
légende dialoguée met en évidence la complicité des confrères, prêts à
troquer leur jeu d’un jour à l’autre, selon le client à défendre. Par
référence à la physiognomonie animale, Daumier leur donne l’allure
inquiétante d’oiseaux de proie, dépliant leurs ailes de vautours pour
prendre leur envol. Sur les visages, les Dans Laissez-dire un peu de mal …, Daumier montre l’avocat parlant à son client en aparté : il lui souffle à l’oreille une phrase que dévoile la légende, tandis que la partie adverse poursuit sa plaidoirie, avec une emphase exprimée par le geste, devant les juges et le public. Cette opposition, dans un instantané saisissant, fait voir, en un bloc, l’avocat et son client, mains croisées, dos courbé, visage tendu, l’air prostré sur son banc, tandis qu’à l’arrière-plan s’agite la foule. L’échelonnement des plans, le traitement des « jours » de la salle, selon la formule de Duranty, qui mettent en valeur la robe sombre de l’avocat se rapprochent des effets de l’aquarelle et du lavis.
D’autres planches se
concentrent sur l’action principale et décrivent les grands moments du
procès, jusqu’à la péroraison, point d’orgue d’une plaidoirie (Une
péroraison à la Démosthène) le contraste entre la lumière
Vient enfin la sortie, que
Daumier traite aussi dans son enquête : dans Vous avez perdu votre Procès
… d’avril 1848, l’avocat, bien qu’il ait perdu sa cause, bombe le torse,
fier de sa plaidoirie, tandis que la veuve et l’orphelin témoignent leur
désarroi par leur silhouette courbée ; la femme en grand deuil, cachant son
visage dans son mouchoir, évoque les pleurants des tombeaux médiévaux. Sur
l’épreuve en premier
Hors des salles
d’audience, le spectacle des avocats en robe qui, les bras chargés de
dossiers, arpentent l’escalier du Palais, réaménagé par l’architecte Duc,
inspire à Daumier Grand escalier du Palais de justice. Vue de
faces, planche splendide qui contient en germe tout un cycle ultérieur
d’aquarelles et de croquis. La légende « Vue de faces » se rapporte soit à
l’escalier soit aux personnages, et la lithographie tire sa puissance de
l’étrange rapport des silhouettes à l’espace horizontalement strié par les
marches. Raides dans leurs robes qui leur confèrent une statue monumentale
et solennelle, deux avocats, l’un représenté à mi- Deltreil mentionne deux lithographies inédites de 1848 en rapport avec la série mais en ignore une troisième dont les deux exemplaires connus, avant la lettre, appartiennent à la bibliothèque nationale de Paris. La datation vers 1846 est corroborée par le numéro de la planche. La scène est située dans le cabinet d’un avocat, dont le buste est placé en évidence, devant la bibliothèque. Dans un vif contraste avec une jeune veuve affligée qui pleure dans son mouchoir, l’avocat sourit, les jambes croisées, face à son buste, l’air narquois et détendu ; il s’apprête peut-être à consoler la jeune femme qui rappelle les majas à mantilles des Caprices de Goya. |
♫ Pietro Mascagni : Cavalleria Rusticana : I Cavallo Scalpita.