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Giotto Di Bondone
Le Jugement Dernier
1306
1000 x 840 cm
Padoue,
Chapelle Scrovegni
                                      
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Le Christ est assis à l'intérieur
de la mandorle irisée, grandiose, dominante par la position et les
dimensions (qui ne sont pas à comparer toutefois avec celles qui,
dans les représentations médiévales déjà citées, lui conféraient
parfois une transcendance presque épouvantable). De la main gauche
il repousse les reprouvés tandis que, les yeux encore durs, il se
tourne vers les élus, ouvrant vers eux sa main droite. Les apôtres
sont assis solennellement dans leurs chaises à haut dossier, dont la
plus somptueuse est réservée à Pierre. La Vierge, brune et jeune, au
visage très doux, semble aussi vouloir entraîner par la main vers le
Christ le premier personnage appartenant au groupe le plus élevé des
élus, probablement saint Jean-Baptiste. Malheureusement cette zone
de la fresque est très endommagée; on devine seulement un cortège de
personnages vieux et très dignes appartenant a un genre d'humanité
représenté dans les histoires de la christologie par des types comme
Joachim, le vieux Siméon, saint Joseph, les apôtres les plus âgés,
etc. Le groupe qui se trouve au-dessous est dans un meilleur état de
conservation ; ces élus sont d'une sainteté plus variée, même si
elle est moins importante.
Sur la droite se trouve
le tourbillon des damnés qui sont précipités dans l'enfer. Il est
dominé par la figure grotesque de gros singe de Satan, et fourmille
d'une humanité invinciblement diminuée, non seulement quant aux
proportions réduites, mais aussi parce que comiquement lubrique et
ridicule a cause de tous les tourments auxquels elle est soumise par
les troupes simiesques des diables. Bien loin de faire penser au ton
grave et tragique de l'enfer dantesque ("la douloureuse rive / qui
renferme tout le mal de l'univers"), celui-ci est caractérisé par le
fourmillement des damnés mis au pilori et exposés à la risée de ceux
qui les regardent ; ces damnés, en fait de dantesque, ne rappellent
que quelques passages se rapportant aux Males Fosses.
Les petites figures
grêlés de l'enfer de Padoue peuvent presque toutes être attribuées à
la main d'habiles collaborateurs de Giotto, mais dans ce cas aussi,
tout est ne sous les yeux et sous le contrôle direct du grand
peintre, tant est riche, libre, savoureuse et imprévisible
l'imagination prodiguée dans l'ensemble, de même que la réalisation
de certaines parties ; dans certains cas on peut aussi penser à une
intervention directe de sa part, comme dans l'épisode d'un caractère
instantané extraordinaire, qui se déroule justement sur la ligne de
faîte rocheuse de l'enfer, en bas sous la croix, ou deux diables
reconduisent un homme parmi les damnés, le poussant et le tirant par
son habit qu'il est en train de s'arracher et qu'il s'enlève en le
faisant passer au-dessus de sa tête, découvrant ainsi de manière
cocasse ses organes génitaux démesurés.
En bas, presque au centre
du Jugement Dernier, est insérée la scène de dédicace, avec Enrico
Scrovegni qui s'agenouille devant la Vierge et deux saintes, offrant
la chapelle sous forme d'un petit modèle tenu par un clerc. Le
portrait de Scrovegni, au profil fin et sec, représente fidèlement
les traits de jeunesse de ce personnage que l'on retrouve âgé dans
sa tombe de marbre qui se trouve dans la même chapelle. Ses
vêtements et sa toque sont ceux qui étaient à la mode en ce
temps-la, et nous fournissent même un témoignage utile pour
l'histoire du vêtement. Bien que l'on ait l'impression qu'il y ait
une certaine idéalisation, nous devons souligner le fait que nous
avons ici devant nous le premier portrait de la peinture occidentale
et son importance grandit du fait qu'il est représenté avec les
mêmes proportions que les figures sacrées auxquelles il s'adresse:
pour mettre en évidence sa position "inferieure", il était
évidemment suffisant qu'il s'agenouille devant elles.
Autre page de l'artiste :
- L'annonciation
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