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Le jugement dernier
(1534-41; 1370 x 1220
cm; Chapelle Sixtine

C’est
un monde en tourbillon autour du Christ justicier, levant la main droite.
Cet œuvre manque de tout élément perspectif ou géométrique. Les personnages
dans les différentes parties ont leur propre perspective mais le tout est
entraîné par ce tourbillon.
Le Christ justicier : On ne sait s’il est assis ou s’il marche. Il lève le
bras et se tourne d’un geste péremptoire vers la gauche, où les anges
luttent farouchement avec les damnés qui sombrent dans l’abîme et tentent en
vain de s’élever vers le ciel. D’un geste paisible de la main droite il
attire dans un élan puissant les élus vers lui. Michel-Ange choisit de
représenter le Jugement Dernier dans son plein déroulement alors que
jusqu’ici on se limitait à représenter la punition des damnés, les anges
vers le lieu de la béatitude. Le peintre a voulu représenter la grâce divine
aussi terrible et fatale que le châtiment divin.
Le corps du Christ a la force d’un Hercule et son visage la beauté d’un
Apollon. Prés de lui, se découpant sur la lumineuse clarté sulfureuse, est
assise la Mère de Dieu. Elle tourne son visage pour voir les élus qui
s’élèvent plutôt que la chute des damnés. Son attitude est pleine de
compassion, mais désarmée devant le geste puissant du juge. La majorité des
personnages du jugement dernier est anonyme, mais on peut en reconnaître
quelques-uns grâce aux attitudes de leur sainteté. D’autres ; comme le géant
à droite du Christ, sont moins faciles à identifier, Vasari et de nombreux
auteurs modernes pensent qu’il s’agit d’Adam, mais Gondivi le prend pour
saint Jean-Baptiste. Il est en effet portant une ceinture de peau, on peut
reconnaître Saint André en raison de sa croix caractéristique.
Autour de la figure du Christ et de la Vierge se presse la multitude des
saints, des patriarches, des prophètes dont les gestes et les visages
expriment un grand désarroi et une extrême tension. Même chez les
bienheureux, l’excitation et l’inquiétude l’emportent sur les rares
manifestations de joie et d’exaltation, de paix et d’illumination
intérieure.
Les Anges portant les instruments de la passion, dans le premier dessin
conservé à la maison Buonarroti, aucune allusion n’est faite aux groupes
d’anges qui portent en haut de la fresque les symboles de la Passion. Il est
possible que le peintre ait pensé un instant ne pas recouvrir les fresques
des deux lunettes qu’il avait peintes en même temps que le reste de la voûte
de la chapelle, mais il lui était impossible de se passer de ces symboles
dans la représentation du jugement dernier. Contrevenant à la tradition des
peintres du Moyen Age il ne les placera pas au centre du sujet, mais dans
les deux lunettes, en haut de la fresque. Deux groupes d’anges sans ailes :
ces anges athlétiques ne semblent pas porter réellement les instruments de
la passion, ils semblent davantage entraînés par ces instruments comme dans
un tourbillon. Ces figures surviennent en volant, comme aspirées par le vide
avec des effets surprenants de raccourci ; à donner le vertige. Elles font
voyager à travers le ciel orageux les symboles sacrés ; et serrent la croix
et la colonne telles de grandes reliques. Situées au niveau supérieur de la
fresque ; et séparées du reste de la composition par de magnifiques nuages,
elles n’appartiennent pas totalement à la scène tragique, Michel-Ange a-t-il
voulu en les séparant de la foule agitée, accentuer leur surnaturel.
C’est à l’Énéide que Dante emprunta l’épisode de la barque de Charon :
Michel-Ange l’emprunta à "la Divine Comédie". Il semble reprendre la
description de Dante en représentant le "Charon" comme un noir démon aux
yeux de feu, "de sa rame frappant" les damnés qui hésitent à débarquer
cependant qu’un groupe de diables, en ricanant, retient la barque à la rive.
Ici s’arrête la comparaison. Alors que dans "La Divine Comédie", "Le nocher
de ces marais vivant force tous ceux qui hésitent, à monter à bord" et
"quand ils atteignent l’autre rive ils courent à leur châtiment parce que la
justice divine les y force, de telle manière que la peur devient un désir",
à l’inverse, le Charon de Michel-Ange frappe les damnés pour qu’ils sautent
de la barque sur la rive sans retour.
L’ascension des élus : Ils s’élèvent différemment vers le ciel suivant la
qualité de leur âme. Un Arabe et un Noir s’agrippent désespérément au
chapelet tiré vers le ciel par un ange. Tandis qu’un autre élu ; comme un
somnambule, s’élève pesamment, soutenu par un de ses pairs. Appuyé sur un
nuage, un nuage tend une main secourable vers un élu qui la saisit en un
puissant mouvement ascendant.
L’un des damnés ; Image la plus impressionnante du désespoir : il est
difficile d’oublier ce damné irrésistiblement entraîné vers le bas par un
groupe de démons attaché à ses pieds, à ses cuisses, et qui dans sa chute
inéluctable se cache la moitié du visage, avec un regard de terreur vers les
profondeurs de l’enfer.
La chute des damnés : Pour exécuter la sentence, les anges, entre ciel et
terre, accourent, à droite, pour aider les élus dont les esprits malins
tentent d’entraver l’envol. A gauche, ils rejettent à terre les damnés qui,
par leur audace, étaient parvenus à s’élever. Ces derniers sont entraînés
par les esprits malins vers le bas. Les orgueilleux par les cheveux, les
licencieux par les parties honteuses, et de même chaque pêcheur par
l’instrument de son péché.
La Ressuscitation des Morts : "je mettrai sur vous des muscles, je déposerai
sur vous de la chair et j’étendrai sur vous de la peau ; je mettrai en vous
l’esprit et vous vivrez ; et vous saurez que je suis Yahvé", (Ez. XXXVII,
6). Au son des trompettes, on voit à terre, les tombeaux s’ouvrir et les
êtres humains en sortir dans des attitudes merveilleuses et variées. Tandis
que les uns, selon la prophétie de Ezéchiel n’ont pu réunir que leurs
ossements, d’autres sont recouverts d’une partie de leur chair, l’autre
encore porte le linceul ou les vêtements dans lesquels il était enseveli et
tente de s’en défaire. Quelques morts ne semblent pas encore bien éveillés
et regardant le ciel comme s’ils se demandaient où la justice divine les
appelle. Il est beau de voir les uns sortir de terre prix de grands efforts,
tandis que d’autres, les bras tendus vers le ciel prennent leur envol.
Les anges de résurrection : Au centre de la zone médiane, un groupe d’anges,
à coups de trompettes appelle au jugement les ressuscités et leur montre le
livre de la vie et de la mort. Comme tous les anges de Michel-Ange ; ils
n’ont pas d’ailes ; de tels accessoires étant incompatibles avec la beauté
du corps humain et contraires au réalisme idéalisé qui est l’essence de son
style. La foi de Michel-Ange, telle qu’il l’a exprimée dans son art et dans
sa poésie ; est pleine de confiance en la miséricorde divine. L’un de ses
vers nous dit :"Il a ouvert les bras pour nous recevoir sur la croix", mais
il n’oubliait pas les paroles sévères de la Bible qu’il a reflétées dans la
différence de taille des deux livres ; le petit s’ouvre au flot des élus ;
tandis que le grand supporté par deux anges, est recouvert des noms des
damnés.
Saint Barthélemy est celui qui dénonça la divinité du Christ et garda ce
sombre regard de rancune avant d’obtenir la révélation et la foi. Il tient
sa peau comme une dépouille maintenant inutile et montre au Christ le
poignard avec lequel il fut écorché. On a découvert que le visage de la
dépouille de Saint-Barthélemy (c’est le docteur La Cava qui, en 1925, fit
cette découverte.) Michel-Ange aurait donc placé son visage dans la peau d
Saint Barthélemy lui-même qui se tourne vers le Christ, il ressemble au
portrait de l’Arétin peint par Titien. On peut suppose que Michel-Ange
conscient de l’inimité de l’écrivain à son égard, ait voulu l’immortaliser
dans cette image, avec une évidente allusion à son amertume vis-à-vis de la
marée montante de l’incompréhension et des calomnies à propos de son œuvre.
L’expression de l’émotion toujours vive tourne à l’horreur et au désespoir
dans la foule des damnés, entraînés vers l’abîme, en un enchevêtrement
frénétique des corps, par des monstrueux et bestiales démons sans toutefois
que soient jamais représenté les tortures physiques.
A côté de son intensité expressive, l’unité structurelle de l’immense
fresque a toujours frappé le spectateur non prévenu, ainsi que l’étonnante
homogénéité d’exécution. Cette extraordinaire beauté est peinte et menée
uniment qu’elle semble avoir été faite en un jour et de manière à ce que
jamais personne ne puisse en faire autant ; et, à dire vrai, la multitude
des figures, le caractère terrible et la grandeur de l’œuvre sont telles
qu’on ne peut la décrire car elle est pleine de tous les sentiments que peut
éprouver l’homme et qu’elle exprime tous admirablement.
Ce qu'a dit Charles de Tolnay :
"Le Christ est le centre d’un système solaire autour duquel gravitent en
mouvements circulaires toutes les constellations." Evoquant la ressemblance
du Christ avec Apollon (Helios, doté de deux pouvoirs du soleil : celui de
faire prospérer et d’anéantir) Charles Tolnay rappelle que "dès ses premiers
siècles le christianisme avait identifié le christ avec le soleil." Sept ans
avant la publication de la découverte de Copernic, Michel-Ange reprend
l’hypothèse héliocentrique formulée déjà dans l’antiquité. "Chaque âme doit
rejoindre après la mort sa résidence éternelle sur son étoile et chaque
étoile a sa place irrévocablement dans la rotation du macrocosme." Charles
de Tolnay fait remarquer que "dans les mouvements circulaires qui traversent
le Jugement Dernier, Michel-Ange retourne à l’ancienne conception de
fatalité (Fatum = Fortuna) mais l’homme n’est plus un instrument passif
comme jadis, c’est un titan en révolte contre les forces du fatum auquel
malgré ses efforts contraires, il reste soumis. Ainsi nous constatons que
dans cet ancien problème de la Renaissance sur les notions des rapports
entre liberté et fatalité, Michel-Ange traverse l’idée de la liberté de la
Renaissance en arrivant néanmoins à la conclusion de fatalité cosmique. La
croyance en la force de l’homme est visible chez lui mais, en même temps, il
est subjugué par les forces de l’univers. L’optimisme de la première
Renaissance est dépassé"
Autre œuvre
de Michel-Ange :
-
Bacchus 1496-7
-
David 1501-4 ; haut. 434 cm
-
Sainte Famille ou Tondo
Doni (1503-4 ou 1506-7)
-
L'esclave Mourant 1513-6 ;
229 cm
-
Moïse ; achevé en 1547 haut.
235 cm ; tombeau de Jules II
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