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L’enfer de
Dante
(1265 –
1321)
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PAR
MOI VA-T-ON DANS LA CITÉ DOLENTE,
PAR MOI VA-T-ON DANS L'ÉTERNE DOULEUR,
PAR MOI VA-T-ON EMMI LA GENT PERDUE.
JUSTICE
MUT MON SOUVERAIN AUTEUR :
OUVRAGE DE DIVINE PUISSANCE,
ET TRÈS HAUTE SAGESSE ET PRIME AMOUR.
NULLE CHOSE AVANT MOI NE FUT CRÉÉE,
SINON ÉTERNE, ET JE DURE ÉTERNELLE,
VOUS QUI ENTREZ PERDEZ TOUTE ESPÉRANCE.
ENFER, Chant III (1-9)
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Dante Alighieri, est un Homère sans le
mystère de ses origines. Dans ses œuvres, jaillit le goût et l'esprit de la
nation. C’est l’un des poètes qui ont créé une langue litté raire, et des
rares poètes qui ont inventé une littérature nationale. Celle-ci existe du
jour où les idées, les croyances, les passions d'un peuple entier, où
l'histoire d'un grand pays revit dans l'âme d'un écrivain, où tout cela
forme une image complète, un tableau durable. Dante est le poète national :
avant lui pas un esprit un peu vaste; après lui, si les hommes sont grands,
les horizons sont étroits.
Dante est universel : il suffit à la
vie contemplative et à la vie active; il a charmé l'Italie tant que le goût
d'un plaisir de l'esprit accompagné de travail ne l'a pas rebutée; il l'a
nourrie et fortifiée particulièrement quand elle a eu besoin d'un aliment
solide et proportionné à ses épreuves.
L’enfer fut un
thème principal de la Divine Comédie de Dante l’une des grandes œuvres du
moyen age, elle fut écrite entre 1308 et 1320. La vision infernale est la
partie, qui a marqué l’œuvre ainsi que la postérité, en créant une "vision
dantesque".
Dante entreprend un voyage en enfer comme chez les Grecs, et
par son génie il crée une dimension sans pareille. Il mélange l’imaginaire
épouvantable, la rigueur intellectuelle et le symbolisme évocateur.
L’horreur du monde dantesque réside dans l’équilibre de ces facteurs, qui
confère aux supplices une atroce vraisemblance. À côté des visions
monastiques désordonnées, un peu folles, peu crédibles, nous avons ici un
édifice intellectuel cohérent. Ce qui est épouvantable dans l’enfer de
Dante, contient des supplices parfaitement adaptés aux péchés, de telle
manière à sentir le frisson en parcourant le chemin avec Dante et virgile.
Dante surpris par trois fauves, qui lui barrent la route, et
qui représentent trois
passions, plutôt trois fléaux ; symbolisées par la
panthère, le lion et la louve : Luxure, Orgueil, Avarice. C’est la raison
qui le guide et représente la voix de Virgile, un connaisseur, Dante pénètre
d’abord dans le vestibule des enfers, où se trouve la foule des lâches et
des indécis, des tièdes, de ceux qui n’ont jamais eu le courage de choisir
leur camp : ils tournent
en rond pour l’éternité, derrière un étendard, aiguillonnés par des piqûres
de guêpes, sans but. Puis on entre dans le haut enfer, hors des murs de la
cité de Dis, où se trouvent, dans cinq cercles, les pêcheurs par
incontinence.
Au premier cercle, qui constitue les limbes, tous ceux qui
n’ont pas été baptisés. Ils ne souffrent pas, mais aspirent au bonheur, sans
pouvoir l’atteindre. Il y a là, outre les enfants, toutes les célébrités de
l’antiquité païenne, d’Homère à Euclide et de Platon à Horace. Dans ce
cercle Minos distribue
les charges.
Au deuxième cercle, on trouve la tempête infernale où se
débattent les tourmentés par les désirs charnels. On cite certaines
personnes : Sémiramis, Didon (se tua par amour après avoir trahi son mari
Énée), Cléopâtre, Hélène de Troie, Achille (piégé pour son amour pour
Polyxène), Francesca da Rimini (tuée par son mari au bras de son ami),
Lancelot (aimant la femme de son roi).
Au troisième cercle, les deux rencontrent Cerbère aboyant
sur une pluie de boue, et les deux questionnent des citoyens sur la boue qui
couvre florence.
Au quatrième cercle, sont enfermés les avares et prodigues.
Ils se cognent et s’essoufflent. Leur démesure les condamne à ne pouvoir
avancer. Une tour enflammée apparaisse, à son sommet apparaissent les trois
furies : Mégère, Alecto et Tisiphone. Les Furies appellent Méduse, la
plus jeune des filles de Gorgone, pour s’opposer au passage de Virgile. Un
messager du ciel fait fuir les furies, et les deux personnes rentrent dans
la citadelle où chevauchent partout des tombeaux défaits,
et on y entend les plaintes des hérétiques.
Au sixième cercle, des hérétiques dans des tombeaux
brûlants. Dans cette partie Dante rencontre des héros hérétiques et des
diacres. A la fin de ce cercle Dante explicite une échelle de maux pensée par
Aristote.
Au septième cercle, se trouvent les suicidés, leur âme germe sans cesse et
les harpies les attaquent avec leur bec. Pour Dante, aucune disgrâce ne peut
justifier qu’une créature renonce à la vie, don du Créateur. Dans la forêt
des suicidés, Dante et Virgile croisent deux formes humaines qui fuient
devant eux, arrachant tout sur leur passage et brutalisant ainsi elles-mêmes
leur chair jusqu’à ce que des chiennes faméliques les rejoignent et les
dévorent. Tel est le châtiment de ceux qui ont péché contre eux-mêmes par
dissipation. Encore des formes humaines en conversations courtoises, ils les
appellent les « sodomites », des gens aux visages de mensonges –
sous-entendus les homosexuels – qui sont dangereux et il ne faut pas les
côtoyer. Il est à dire que l’Église du moyen age n’autorise aucune relation
hors de la reproduction. Les deux héros sont pris sur le dos du monstre
Géryon (un monstre la tête d’un homme juste, et le corps un assemblage de
bestialités diverses ; il peut prendre
toutes les natures et les visages, pour tromper.
Au huitième cercle, des fraudeurs, est formé
d’un puits profond divisé en dix bolges au
dessus d’eux, chacun des ponts
convergents vers le puits central.
Le premier bolge, contient les séducteurs et les
ruffians, comme Jason (il séduise Médée pour la toison d’or) et d’autre
offrant leur sœur, pour des gains. Le deuxième bolge, les flatteurs sont
plongés dans un fleuve de fiente humaine. Le troisième bolge, un puits de
feu, est celui des simoniaques c’est-à-dire les hautes dignités qui ont
utilisé la religion pour leurs biens, dont des papes et Constantin. Le
quatrième bolge, des fausses divinations qui prétendaient connaître le futur
par la magie, sont condamnés à marcher en arrière. Le cinquième bolge des
utilisateurs des fonds publique à leur profit, comme trafiquants,
prévaricateurs, concussionnaires ; ils sont jetés dans un lac de poix
bouillante et tourmentés par les diables. Le sixième bolge des hypocrites,
qui sont vêtus de capes dorées doublées de plomb, les écrasant sans cesse.
Le septième bolge, où des serpents mordent des voleurs de choses de Dieu, et
sont transformés en serpent puis réduit en cendre, et ceci se répète
infiniment. Le huitième bolge, où les flammes enveloppent les conseillers
perfides comme Ulysse, qui poussent ses hommes à voir le monde au lieu de
rentrer à leur foyer. Au neuvième bolge, se trouvent les fauteurs et les
faux prophètes
qui discordent les gens, et son châtier par être découpés en deux, ils se
relient et à nouveau ceci se répète. Le dixième bolge, contient les
faussaires, les simulateurs, les bonimenteurs, les faux monnayeurs, les
falsificateurs de métaux, les alchimistes. Ils ont le corps couvert de gale
et de lèpre.
Le neuvième cercle regroupe les traîtres de toutes sortes, à
leurs parents, patrie, parti, hôte, ou à leurs autorités spirituelles. Ils
sont condamnés à avoir la cervelle dévorée par ceux qu’ils ont trahi. Et au
plus fond de l’enfer, Lucifer châtie lui-même les trois plus grandes
traîtres de l’Histoire de l’Eglise et de l’Etat : Judas, Brutus, Cassius,
en les mordant sans cesse avec ses trois bouches. Et le voyage termine avec
ce cercle.
L’ensemble de l’enfer forme un énorme entonnoir, occupant
tout un hémisphère, convergent vers le nombril de Lucifer.
La structure en cercles de plus en plus profonds,
correspondant à des péchés de plus en plus graves et de plus en plus
enracinés dans l’âme, est elle-même symbolique. Les damnés ont en fait le
sort qu’ils ont choisi et qui correspond à la nature de leurs actes. C’est
ce qui en fait l’atroce vraisemblance. Ainsi les coléreux , qui
s’entre-déchirent à coups de dents, avaient rejeté la pitié pendant leur
vie : il est impossible maintenant de les plaindre ;
les voleurs, qui dépouillaient les autres de leur bien, sont maintenant
dépouillés de leur personnalité, se métamorphosant sans cesse, et ne sont
plus que des ombres mordues par des serpents. Là se
termine cette dantesque description.
Dans le monde des privés de Dieu, sans aucun espoir futur,
notre poète est tout puissant. Le pouvoir divin est la viatique de nos
voyageurs, et leur révèle dans le lieu du sans retour le pouvoir divin ainsi
que l’universalité du mal et ses multitudes faces.
La Divine Comédie et
l'Art
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La Divine Comédie et sa description de l'enfer, du purgatoire et du
paradis constitue une source d'inspiration à laquelle s'abreuvèrent nombre
de peintres, dessinateurs, sculpteurs, musiciens... Le vaste poème de Dante
Alighieri, commence dans les années 1306-1307 et achevé à la fin de la vie
du poète, mort en 1321, gagna une renommée immédiate mais connut cependant
un affaiblissement notable à partir du XVIIe siècle. Ce fut le
napolitain Giambattista Vico (1668-1744) qui contribua à la redécouverte de
Dante dans la première moitié du XVIIe siècle, notamment grâce à
la publication de la Discoverta del vero Dante, ovvero nuoviprincipi di
critica dantesca (1728-1729). C'est surtout au XIXe siècle
que les divers épisodes de la Divine Comédie furent largement exploités par
les artistes qui trouvaient dans les descriptions tourmentées de l'Enfer un
champ inépuisable de sujets.
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Quelques artistes se sont lancés dans l'illustration complète du poème. En
tout premier lieu, le peintre Sandro Botticelli, qui composa une centaine de
dessins, aujourd'hui conservés à Rome et à Berlin, pour un exemplaire
manuscrit qui lui avait été commandé par un membre de la famille de Médicis.
Bien plus tard, en Angleterre, à la suite de John Flaxman (1755-1826), qui
avait dessiné quelques scènes de la
Divine
Comédie dans
son style néoclassique extrêmement épure, William Blake (1757-1827) réalisa
une série de plus de cent dessins et aquarelles, entre 1824 et 1827, pour
illustrer la totalité du poème. La mort l'empêcha d'achever son œuvre. Comme
beaucoup d'artistes qui se sont penchés sur la Divine Comédie, la vision
infernale occupe la place la plus importante du cycle qu'il a laissé. Dans
la seconde moitié du XIXe siècle, Gustave Doré réalisa les
gravures d'une édition complète de l'œuvre (1861). Enfin, pour achever ce
bref panorama des illustrateurs, il faut mentionner Salvador Dali qui, en
1950, à la demande de la Libreria dello Stato, à Rome, s'engagea à réaliser
100 aquarelles illustrant les cent chants de la Divine Comédie. L'ouvrage
fut finalement public par les éditions des Heures Claires dix ans plus tard.
Outre
ces illustrations de l'ouvrage complet, des épisodes précis ont souvent été
choisis par les artistes. Citons, parmi les principaux chefs-d’œuvre, la Françoise de Rimini d'Ingres (1812), le tableau de Delacroix, peint en
1822, montrant Dante et Virgile, conduits par Plegias, franchissant le lac
qui entoure la cité infernale de Dité et dans lequel se tordent des damnés.
(Enfer, chant VIII), Paolo et Francesca d'Ary Scheffer (1855), Ugolin et ses enfants de Charles Lobbedez (1856),
Ugolin de
Jean-Baptiste Carpeaux, etc.
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Les
deux célèbres sujets de tirés de l'Enfer choisis par Rodin pour les vantaux
de la Porte ont également inspiré bon nombre de musiciens. Le drame d'Ugolin
a ainsi été porté à la scène, des la fin du XVIIIe siècle,
dans un
singspiel de Karl Ditters von Dittersdorf, Ugolino (1796). Quelques
années plus tard, le compositeur italien Francesco Morlacchi (1784-1841)
composa une scène lyrique pour baryton, II lamento del conte Ugolino.
L'épisode de Paolo et Francesca a également inspiré des ouvrages lyriques,
cantates ou opéras. Le thème fut ainsi donne deux fois aux musiciens du
concours du prix de Rome, en 1854 puis en 1868. II fut aussi le sujet du
dernier opera d'Ambroise Thomas, Françoise de Rimini, crée à Paris en
1882. Le livret de Barbier et Carré offrait même la particularité de faire
apparaître les personnages de Virgile et de Dante, lors du prologue et de
l'épilogue de l'opéra. En Russie, Piotr Ilitch Tchaïkovski composa sa
fantaisie symphonique Francesca da Rimini
en
1876. Son frère Modest, qui lui en aurait suggère l'argument, fut également
le librettiste de l'opéra du même nom de Serguei Rachmaninov, commence en
1898, mais achevé en 1904 pour être crée au Bolchoï en 1906. Enfin, en 1913
et 1914, deux opéras portant le même titre furent représentés pour la
première fois, l'un à Paris, du au compositeur Francesco Leoni, sur un
livret de François Mario Crawford, l'autre, un an plus tard, à Turin,
composé par Riccardo Zandonaï, sur un livret de Tito Ricordi. N'oublions pas
non plus le savoureux Gianni Schicchi de Giacomo Puccini, sur un
livret de Gioacchino Forzano (1918), inspire par le chant XXX consacré aux
falsificateurs.
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L'œuvre
de Rodin inspira elle-même au compositeur américain Wilfred Josephs la
composition d'un vaste poème symphonique inédit en sept mouvements intitule
La Porte de l'Enfer, achevé en
1959.
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Franz
Liszt à qui l'on doit la sonate Après une lecture du Dante pour piano
(1849), inspirée en partie par le poème du même nom de Victor Hugo (1836),
composa également la vaste Dante Symphonie (1857), où il se montre l'un des
rares artistes à aborder les trois volets de la Divine Comédie, achevant son
œuvre sur les chœurs angéliques du Paradis. Liszt avait même imaginé une
véritable mise en scène pour l'exécution de sa symphonie : les vents de
l'Enfer auraient souffle sur le public grâce à des machines à vent, et une
lanterne magique aurait projeté des images dues
au
peintre et illustrateur Bonaventura Genelli (1798-1868). Ce grandiose projet
échoua, faute de crédits suffisants.
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En
ayant choisi d'illustrer L'Enfer, Rodin s'engageait parfaitement dans le
sens des inspirations qui marquèrent son siècle. C'est sa façon de traiter
le sujet qui allait faire de sa Porte une œuvre majeure sans équivalent.
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