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Naissance et biographie
Un jour, pris de pitié pour les maux qu'enduraient les malheureux mortels,
Zeus, le père tout-puissant, voulut créer un puissant héros qui écartera les
maux des hommes. Il descendit, une nuit, dans la ville de Thèbes. Là, dans
un palais magnifique, habitait une reine, Alcmène, qui surpassait
toutes les femmes au sein fécond, par la beauté de son regard et la noble
grandeur de sa haute stature. Son royal époux, Amphitryon était alors
à la guerre. Pour arriver à s'approcher d'Alcmène, sans éveiller
aucun soupçon, le roi des Immortels emprunta les traits d'Amphitryon
lui-même, et se présenta comme le maître au portier du palais. Croyant
revoir leur chef, les serviteurs autour de lui s'empressèrent et
l'introduisirent auprès de son épouse. Sans reconnaître Zeus, pendant qu'une
pluie d'or tombait sur la cité, Alcmène conçut du maître de l'Olympe
le puissant Héraclès. Mais, des que l'enfant naquit, ce nouveau fils de Zeus
attira sur lui la jalousie d'Héra. A peine, en effet, était-il sorti du sein
fécond de sa mère, que la reine des Dieux, durant une nuit sombre, envoya
deux serpents dans le palais où tout était plongé, comme Héraclès, dans un
profond sommeil. Pénétrant par la porte entrouverte, ces deux horribles
reptiles se glissèrent, l'œil en feu, jusque dans le bouclier qui servait de
berceau au divin nouveau-né. Déjà les deux monstres en sifflant, piquaient
comme une aiguille leurs dards empoisonnés sur les joues de l'enfant et
s'apprêtaient à l'étouffer, quand Héraclès, se réveillant tout à coup,
saisit de chaque main, comme en une tenaille, ces deux affreux serpents, et
serra avec tant de vigueur leur gorge enflée de venin qu'il les étrangla
l'un et l'autre à la fois. Tel fut le premier exploit de ce héros au courage
invincible.
Considéré comme le fils d'Amphitryon, cet enfant de Zeus et d'Alcmène
croissait, grâce aux soins de sa mère, tel un jeune arbre dans un riant
verger. Mais Zeus, du haut de l'Olympe sacré, veillait aussi sur lui, comme
un père attentif. II voulut, un jour, en le faisant allaiter par une grande
Déesse, lui conférer le don de l'immortalité et la vigueur indéfectible des
Dieux ; Dans ce but, il envoya Hermès chercher le nourrisson. Quand revint
le divin messager, Zeus prit cet enfant et l'approcha du sein d'Héra qui
dormait. Le nouveau-né téta abondamment. Une fois rassasie, il se détourna
et sourit à son père. Mais il avait si fortement aspiré et sucé, que le lait
de la Déesse continua de couler. Les blanches gouttes qui tombèrent dans le
ciel formèrent la Voie Lactée, et celles qui parvinrent sur le sol de
la terre donnèrent naissance aux grandes fleurs de lys.
Dès qu'il atteignit l'âge opportun, sa mère lui donna une éducation
remarquable. Linos, fils du bel Apollon, lui apprit la science des
Lettres. Eumolpos l'instruisit à bien poser sa voix et à chanter en
conduisant ses doigts sur les cordes sonores d'une lyre harmonieuse.
Eurytos, enfin, lui enseigna l'art de tendre habilement un arc, et de
diriger vers un but une flèche assurée. Ce fut au cours de cette formation
magnifique que le puissant Héraclès, d'un naturel violent et généreux, se
rendit coupable, pour la première fois, d'un meurtre involontaire. Un jour,
raconte-t-on, son maître de Lettres, Linos, pour éprouver la sagesse
de son jeune disciple, lui donna à choisir dans un tas de volumes un livre
préféré. Héraclès, qui était né gourmand, gros mangeur et de vaste appétit,
et qui devait plus tard sans incommodité avaler a lui seul un bœuf tout
entier, choisit un traité intitule le Parfait Cuisinier. Outre d'un
tel choix, Linos alors éclata en véhéments reproches contre le gout
effréné de nourriture qui tourmentait son élève, et il alia jusqu'à le
menacer. Se croyant en état de légitime défense, et subitement en proie à
une violente colère, Héraclès ramassa le premier objet qui lui tomba sous la
main, une cithare, et tua son maître en lui brisant cet instrument sur la
tête. Pour le punir de ce meurtre, Amphitryon envoya vivre Héraclès
au milieu des bergers qui gardaient, sur de hautes montagnes, ses riches et
gras troupeaux. Là, les exercices de la chasse développèrent son corps
adolescent et communiquèrent à ses membres assouplis une force prodigieuse.
A dix-huit ans, il tua un lion qui dévastait la contrée. Comme il revenait
de sa glorieuse chasse, Héraclès rencontra des hérauts qui, venant
d'Orchomène, se rendaient réclamer aux Thébains, pour un antique délit, un
tribut de cent bœufs. Sans hésiter, le fils d'Alcmène les attaqua. II leur
coupa le nez et les oreilles, leur attacha les mains derrière le dos et les
renvoya dans leur pays en leur disant que c'était là le paiement du tribut.
A cette nouvelle, le roi d'Orchomène, Erginos, leva une armée et
marcha contre Thèbes. Mais Héraclès, revêtu d'une armure qu'il avait reçue
d'Athéna, se mit à la tête d'un groupe ardent de guerriers. En détournant le
cours d'un fleuve, il noya dans une plaine la cavalerie ennemie, poursuivit
Erginos et l'abattit à coups de flèches. Pour récompenser l'artisan
de cette grande
victoire, le roi de Thèbes accorda au héros la main de
Mégara, sa propre fille.
De cette union plusieurs enfants naquirent. Ils moururent tous et
prématurément des coups que leur portèrent les propres mains paternelles.
Dans un accès de folie, en effet, Héraclès les fit périr avec leur mère en
les perçant de ses flèches. Après s'être souillé du sang de ses enfants,
Héraclès s'en repentit ; il se rendit à Delphes consulter Apollon et lui
demander ce qu'il fallait qu'il fit pour arriver à se purifier de ce crime.
L'oracle lui ordonna de se rendre à Tirynthe, et de s'y mettre, pendant
douze ans, au service du roi Eurysthée. Héraclès obéit. Mais, quand
Eurysthée, prince faible et peureux, vit accéder chez lui ce héros
magnifique, il trembla à l'idée d'être un jour dépossédé du pouvoir par ce
vaillant demi-dieu. Pour se défaire de cet importun survenant, et dans
l'espoir qu'il y succomberait, Eurysthée successivement imposa au
courageux fils d'Alcmène les taches les plus difficiles qu'il put imaginer.
Héraclès sortit vainqueur de toutes ces épreuves, et les hauts faits qu'il
accomplit alors, sont appelés les douze travaux d'Héraclès.
Après avoir, dit-on, mis huit ans et un mois à exécuter les douze travaux
qu'Eurysthée lui avait imposés, Héraclès fut affranchi de la servitude à
laquelle il s'était condamné. Cet illustre guerrier se remit de nouveau à
parcourir le monde, non plus cette fois pour combattre des monstres, mais
pour lutter contre l'injustice des hommes. Partout où il allait, il châtiait
les brigands, et prêtait l'appui généreux et toujours victorieux de son bras
aux peuples opprimés par d'iniques voisins. II se rendit un jour chez un
illustre archer, Eurytos, qui avait, dit-on, offert sa fille,
Lola, comme prix de victoire, à quiconque serait plus habile que lui
dans l'art de tendre un arc et de diriger une flèche vers un but. Héraclès
accepta le défi et sortit triomphant. Mais, quand il réclama le prix de son
adresse, on le lui refusa. Le héros courroucé s'éloigna. A quelque temps de
là, un des enfants de cet habile mais déloyal archer, Iphitos, vint
demander au fils d'Alcmène de lui prêter secours pour récupérer un troupeau
de bœufs qu'on lui avait dérobé. Pris soudain d'un accès de fureur, et se
souvenant de l'injure que lui avait faite Eurytos, Héraclès saisit
cet infortune suppliant, et le précipita du haut des murs de Tirynthe. A la
suite de ce meurtre, Héraclès reprit la route de Delphes pour s'y faire
purifier. Le dieu le condamna à se remettre en servitude pour un an, et à
donner à Eurytos, comme prix du sang versé, le montant du salaire
qu'il pourrait gagner. Héraclès alors s'embarqua pour l'Asie. Hermès se
chargea de le vendre, et le héros fut acheté par Omphale.
Les douze
travaux
Un des premiers travaux qu'imposa à son nouvel esclave cette reine
somptueuse de Lydie fut de débarrasser la contrée sur laquelle elle régnait
des brigands qui l'infestaient. Le fils d'Alcmène les extermina tous.
Emerveillée du courage et de l'audace de ce vigoureux serviteur, Omphale
en devint éperdument amoureuse. Héraclès lui-même se laissa prendre dans
le filet de l'amour, et désormais le héros et la reine s'abandonnèrent à une
vie de délices. Renonçant à tout nouvel exploit et déchu de son héroïsme
natif, Héraclès en vint à se parer comme une femme lydienne. Des colliers
d'or brillèrent autour du cou de celui pour lequel le ciel avait été un si
léger fardeau ; des pierreries étincelèrent aux doigts nerveux qui avaient
étranglé le lion de Némée. Bien plus, on vit un jour Omphale, revêtue
de la glorieuse dépouille de ce redoutable animal, porter la massue
d'Héraclès et commander au héros de s'asseoir à ses pieds, et de filer la
laine ! Enfin, lasse de tant de déchéances, le fils d'Alcmène, un jour,
demanda à Omphale, et obtint de son amour, d'être rendu à sa vraie
liberté. Le héros se retira alors dans la montagneuse Etolie. Or, cette
contrée était, en ce temps-la, gouvernée par un roi, OEnée, qui avait
une fille appelée Déjanire. Frappé de son allure intrépide, de son
adresse à tirer de l'arc et à conduire les chars retentissants de la guerre,
Héraclès demanda cette vierge en mariage. Mais un dangereux rival,
Achéloos, depuis longtemps briguait aussi sa main. Déjanire
pourtant tremblait à la pensée de recevoir pour époux un prétendant qui
l'effrayait par le don qu'il avait de se transformer, tantôt en taureau,
tantôt en serpent et tantôt en homme dont la tête, surmontée de deux cornes,
épanchait par la bouche une source d'onde claire. Aussi, quand la fille d'Œnée
sut qu'Héraclès la demandait pour femme, elle accueillit ce choix comme une
délivrance. Mais Achéloos ne céda pas sa place de bon gré, et une
lutte s'engagea entre les deux prétendants. Pour épouvanter Héraclès,
Achéloos se métamorphosa en taureau mugissant. Accoutumé à combattre et
à terrasser des fauves, le fils d'Alcmène s'élança sur ce monstre et lui
brisa d'un coup une de ses longues cornes. Achéloos s'avoua vaincu,
et Déjanire épousa Héraclès. Après leur mariage, les deux époux
partirent pour une ville lointaine. En cours de route, ils arrivèrent au
bord d'un large fleuve dont le courant, grossi par la fonte des neiges, en
rendait périlleux le passage. Là, moyennant redevance, le centaure Nessos
chargeait sur ses épaules et transportait sur l'autre rive les voyageurs qui
avaient à traverser les ondes. Le courageux Héraclès résolut de passer à la
nage, et Déjanire seule, monta comme à cheval sur le dos du Centaure.
Mais, pendant qu'il galopait en laissant derrière lui un sillage d'écume,
Nessos, se souvenant d'une injure que jadis avait faite Héraclès aux
Centaures, se décida à en tirer vengeance. Au lieu d'aborder sur la rive
opposée, le Centaure se mit à remonter le fleuve. A toute allure il
emportait Déjanire. Héraclès alors banda son arc, et, au moment ou
Nessos se disposait à regagner la berge et à détaler dans les terres, il
le perça d'une flèche empoisonnée. Nessos, se sentant mourir, et
voulant malgré tout assouvir sa vengeance, conseilla à Déjanire de
recueillir son sang qui avait, disait-il, une vertu magique :
— Si ton époux, ajouta-t-il, cesse un jour de t'aimer, il te suffira, pour
reconquérir son amour, de lui donner à porter une tunique que tu devras, au
préalable, faire tremper dans le sang que répandit ma blessure.
Quelque temps après, comme Héraclès revenait d'une glorieuse expédition, il
envoya demander à sa femme une tunique de fête, car il voulait, disait-il,
offrir à Zeus un brillant sacrifice. Déjanire, s'imaginant que son
époux aimait une autre femme, prise de jalousie, et croyant ainsi se
délivrer de sa rivale, trempa une blanche tunique dans le sang du Centaure,
et la remit au messager qui venait la chercher. Héraclès, s'étant mis en
demeure d'offrir son sacrifice, s'en revêtit. Mais à peine l'avait-il
endossée que le venin de l'hydre, qu'avaient inoculé dans le sang de
Nessos les flèches du héros, pénétra dans sa chair et fit courir comme
un feu dévorant à travers tout son corps. Eperdu de douleurs, il voulut
arracher cette brulante tunique, mais elle restait collée à tous ses
membres, et les morceaux qu'il en détachait emportaient avec eux des
lambeaux de sa chair. Sentant, avec le feu qui rongeait la moelle de ses os,
sa dernière heure arriver, le fils d'Alcmène, pareil au tigre qui porte un
javelot attaché à son flanc, gravit en hurlant les pentes de l'Oeta. De sa
puissante main, il déracina des chênes et des pins, et les entassa au sommet
de la montagne. Ce dernier travail achevé, Héraclès monta sur cet énorme
bucher. Bientôt après, des flots de fumée avec de longues flammes allumèrent
dans le ciel un immense incendie. Le corps du héros allait être consumé
quand on vit, environné de tonnerres et d'éclairs, un nuage doré descendre
sur la terre. Il en sortit un char et quatre blancs coursiers. Héraclès,
purifié par le feu, y monta, et la nuée lumineuse, enveloppant le char,
disparut dans l'Olympe. Introduit au sein des joies parfaites et d'un calme
repos, Héraclès habita désormais dans la maison des Dieux ; et, pour
récompenser sa vie laborieuse, Héra lui offrit en manage sa propre fille,
Hébé, ou la Jeunesse éternelle.
Héraclès, qui s'était tant de fois attaqué à tant de monstres divers qu'il
avait terrasses, devait être représenté, comme il l'a été, avec un corps
d'athlète arrive au plus haut point de son développement musculaire. Très
souvent il était figure debout, portant au bras la peau du lion de Némée, et
appuyant son aisselle sur sa noueuse massue. Sa lourde tête inclinée avait
une expression de tristesse résignée et de remords pensifs, qui contrastait
étrangement avec la saisissante évocation de vigueur et de force, qu'était
la puissante et saillante musculature de son torse. Très souvent aussi,
peintres et sculpteurs se complurent a montrer le plus grand des héros dans
l'accomplissement de ses nombreux exploits, ou à l'imaginer filant
aux pieds d'Omphale, ou tournant le rouet.
Le peuplier
blanc lui était consacré.
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