Picasso et Eluard
La
victoire
de
Guernica
I
Beau
monde des masures
De
la
mine
et des
champs
II
Visages bons aux feu visages bons au froid
Aux refus à
la
nuit aux
injures
aux
coups
III
Visages bons à tout
Voici le vide qui vous fixe
Votre mort va servir d’exemple
IV
La mort cœur renversé
V
Ils vous ont fait payer le pain
Le ciel la terre l’eau le sommeil
Et la misère
De votre vie
VI
Ils disaient désirer la bonne intelligence
Ils rationnaient les forts jugeaient les fous
Faisaient l’aumône partageaient un sou en deux
Ils saluaient les cadavres
Ils s’accablaient de politesses
VII
Ils persévèrent ils exagèrent ils ne sont pas de notre monde
VIII
Les femmes les enfants ont le même trésor
De feuilles vertes de printemps et de lait pur
Et de durée
Dans leurs yeux purs
IX
Les femmes les enfants ont le même trésor
Dans les yeux
Les hommes le défendent comme ils peuvent
X
Les femmes les enfants ont les mêmes roses rouges
Dans les yeux
Chacun montre son sang
XI
La peur et le courage de vivre et de mourir
La mort si difficile et si facile
XII
Hommes pour qui ce trésor fut chanté
Hommes pour qui ce trésor fut gâché
XIII
Hommes réels pour qui le désespoir
Alimente le feu dévorant de l’espoir
Ouvrons ensemble le dernier bourgeon de l’avenir
XIV
Parias la mort la terre et la hideur
De nos ennemis ont la couleur
Monotone de notre nuit
Nous en aurons raison.
le 26 avril 1937 que la ville de Guernica (Biscaye) fut entièrement détruite par l’aviation allemande. Cet épisode, l’un des plus cruels de la guerre civile d’Espagne, fut douloureusement ressenti dans le monde entier et suscita de nombreuses réactions, chez des hommes de toutes opinions. Paul Éluard écrivit son poème, tandis que Picasso réalisait la grandiose composition
Guernica
, qu’il exposa au pavillon espagnol de l’Exposition internationale de Paris en 1937. Sous le titre
Présence de Guernica
, Rafael Pérez a rapproché de la destruction de la petite cité espagnole, les événements historiques qui ont, au cours du temps, provoqué l’indignation des hommes épris de bonheur et de paix.
Identités
À Dora Maar
Je vois les champs la mer couverts d’un jour égal
Il n’y a pas de différences
Entre le sable qui sommeille
La hache au bord de la blessure
Le corps en gerbe déployée
Et le volcan de la santé
Je vois mortelle et bonne
L’orgueil qui retire sa hache
Et le corps qui respire à pleins dédains sa gloire
Je vois mortelle et désolée
Le sable qui revient à son lit de départ
Et la santé qui a sommeil
Le volcan palpitant comme un cœur dévoilé
Et les barques glanées par les oiseaux avides
Les fêtes sans reflet les douleurs sans écho
Des fronts des yeux en proie aux ombres
Des rires comme des carrefours
Les champs la mer l’ennui tours silencieuses tours sans fin
Je vois je lis j’oublie
Le livre ouvert de mes volets fermés
Retour
♫ Gustav Milhaud : Le bœuf sur le toit