
Les Trois Musiciens

Les deux versions des Trois Musiciens résument l’expérience et les
conquêtes du cubisme dans l’œuvre de Picasso. Cette œuvre exprime avec
force, lyrisme et rigueur, en utilisant des papiers collés et emplissant
un espace mural d’une dimension monumentale. Cette œuvre est du cubisme
synthétique, qui marque un retour aux couleurs vives contrairement au
cubisme analytique, dont la palette est limitée à une ou deux couleurs
sombres. Dans cette phase on synthétisait des formes de couleurs plates
pour créer des objets dans l’ensemble. Dans la première phase les formes
étaient un assemblage de pièces cassées de formes géométriques, comme dans
Le Portrait de Kahnweiler où la figure du collectionneur, n’est presque
pas reconnaissable parmi le nombre des rectangles et des triangles. Par
contre une peinture de cubisme analytique se compose de formes
géométriques, et c’est une synthèse de formes séparées et pas une division
de quelque chose de complet, en des fragments. Il y a encore un aspect
géométrique des formes qui sont réduites à l’essentiel et à une
simultanéité de points de vue différents comme dans le cubisme analytique.
Deux
versions de ce tableau existent. Toutes les deux ont été peintes la
même
année et elles représentent les trois personnages de la Commedia dell’arte
: Pierrot joue de la clarinette, Arlequin joue du violon à gauche, et à
droite, Capucin semble jouer de l’accordéon. Dans l'autre version, Pierrot
joue encore de la clarinette, Arlequin joue de la guitare au centre,
Capucin tient les partitions et allongé au-dessous la table, il y a un
chien noir qui est assez difficile à percevoir. On peut confondre ce chien
avec l’ombre de la table ou celui des jambes des personnes. La permutation
des personnages n’entraîne nulle modification dans leurs gestes, il semble
néanmoins que la première version soit plus concise dans l’abréviation de
ses formes, alors que la seconde cherche à les rendre plus complexes. On
voit qu’il n’y a pas de lumière réaliste dans ces deux tableaux, il semble
que tout est éclairé en même temps, et que les objets et les personnages
manquent de volume. Les personnages sont créés par des formes géométriques
plates qui ne donnent pas l’illusion d’un espace réel. L’aspect de deux
dimensions des matériaux de l’œuvre est accentué. De plus d’un point de
vue est montré en même temps. Mais il y a beaucoup moins de perspectives
différentes dans ces deux tableaux que dans celle qui est typique du
Cubisme analytique. Les deux tableaux montrent deux points de vue : on
voit en même temps les musiciens et les partitions qu’ils regardent. Et
les personnages et les objets sont assez reconnaissables bien qu’ils
soient abstraits. On ne s’occupe pas du volume et de ces formes. Ces
œuvres sont de l’huile sur toile mais on dirait des collages, comme la
petite main d’Arlequin qui tient l’archet du violon semble avoir été
coupée d’un autre papier qui est collé sur son bras de dessin rouge et
jaune, qui a la même apparence. En fait, toutes les autres formes de
couleurs ou de dessins qui construisent les personnes et les objets
ensemble, ont l’air d’être des morceaux de papier collés en une
composition. On peut dire que Picasso a essayé de créer une illusion
opposée de l’illusion de la nature, ou quelque chose d’artificiel.
L’œuvre a un peu d’humour. Les personnages appartiennent à un groupe
d’artistes amusants pour les spectateurs. La façon dans laquelle ils ces
personnages sont représentés est comique. Par exemple, leurs corps ne sont
pas ceux qu’on prévoit comme représentation de ces personnages. Alors, ces
deux peintures ont une atmosphère différente de ses œuvres précédentes qui
étaient souvent plus sérieuses et sombres.
Maurice Reynal
écrit : "Ces Trois Musiciens multiplient en une sorte d'anthologie la
plupart des découvertes de l'expérience cubiste. Avec ce chef d'œuvre
d'humour poétique, Picasso semble mettre un point final à ses évocations
plastiques de personnages abstraits, inspirés de la comédie italienne".
On peut considérer les Trois Musiciens comme une manière de célébration du
théâtre, une mise en page du bariolage des masques et des costumes
soudains saisis dans le faisceau des projecteurs, une héraldique du jeu et
de la pantomime.