Picasso: Oeuvres

 

 

 

La Femme à lÉventail
1908 – Huile sur toile, 150x100 cm – Musée de l’Ermitage, Leningrad.


Cette œuvre est de la période protocubiste

             S’il n’est nullement besoin de se référer à l’art nègre pour comprendre et justifier Les Demoiselles d’Avignon, il paraîtra non moins abusif de dénommer “nègre” la période des années 1907-1908, sous prétexte que les recherches qui sont alors celles de Picasso coïncident avec ce que certains croient découvrir dans les sculptures et les masques d’Afrique. Il n’est pas question ici de nier des convergences plastiques qui sont réelles et qui, bien que répondant à des motivations différentes, n’ont sans doute souligner la continuité logique de la démarche créatrice d’un artiste.
              En fait, dans des peintures comme la Femme à l’Éventail ou la Grande Dryade, Picasso poursuit l’élaboration de structures qu’il a mises au point dans Les Demoiselles d’Avignon, développées dans le Nu à la draperie et qui ouvrirontNu à la draperie 1907, 152x111 cm la voie à ce que l’on nommera l’année suivante, par dérision, le Cubisme. Soumis à une réduction géométrique rigoureuse et systématique, le corps féminin déploie l’harmonieuse et robuste architecture de son signe sévère dans le plan de la toile : signe hiératiquement construit de cette Femme à l’Éventail, qui semble vouloir se carrer dans l’espace réel, avec ses masses abruptes et puissamment cadencées, contrastées par des bruns cuivrés, des noirs, un blanc éclatant ; signe dynamique de la Dryade faisant corps avec la forêt qu’elle éclaire et anime de son rythme saccadé, de ses oppositions d’ocre et de vert sombre. Pour l’une et l’autre de ces figures, l’espace qu’elles ébranlent se matérialise et devient transformable.
            Cette articulation spécifique de l’espace par la figure, Picasso, à la même époque, la réalise également lorsqu’il peint une nature morte ou l’un de ces paysages d’un vert profond qui, pareillement à ceux de Georges Braque dont il vient de faire la connaissance, nous murent dans leur configuration géométrisée, dans la plongée cézannienne qu’ils opèrent dans la réalité.

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