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Europe

Agénor, fils de l’océanide Libye
par Poséidon et frère jumeau de Bélos, quitta l'Égypte
pour
se fixer sur la terre de Canaan, où il épousa Téléphassa, appelée aussi
Argiope, qui lui donna Cadmos, Phoenix, Cilix, Thasos, Phinée et une fille,
Europe.
Europe, vierge aux larges regards, était une jeune Syrienne dont la beauté
s'accompagnait d'un teint si éclatant, qu'on la soupçonnait d'avoir dérobé
le fard dont se servait l'épouse même de Zeus. Dès son lever, elle appelait
ses compagnes. Bien vite, elles apparaissaient; et, portant chacune une
corbeille, elles se rendaient la où les attendaient le murmure des flots et
le charme des roses. Or, un jour qu'elles se trouvaient, suivant leur
habitude, près du rivage de la mer, occupées dans les prés à cueillir des
fleurs et à tresser des couronnes, Zeus aperçut Europe. Zeus, s'étant épris
d'Europe, envoya Hermès pour mener le troupeau d'Agénor jusqu'au rivage de
Tyr, ou elle et ses compagnes avaient coutume de se promener. Il se joignit
lui-même au troupeau ayant pris la forme d'un taureau blanc avec de grands
fanons et de petites cornes pareilles à des bourgeons et séparées par une
bande noire. Europe fut frappée
par sa beauté et, trouvant qu'il était doux comme un agneau, elle surmonta
sa frayeur et se mit à jouer avec lui ; elle lui mit des fleurs dans la
bouche et suspendit des guirlandes à ses cornes ; à la fin elle grimpa sur
ses épaules et il descendit tout doucement jusqu'à la mer. Brusquement il
entra dans l'eau et se mit à nager tandis qu'elle, la tête tournée vers la
terre ferme, était prise de panique à la vue du rivage qui s'éloignait ;
d'une main elle était agrippée à sa corne droite, et de l'autre elle
retenait encore un panier de fleurs.
Zeus toucha terre non loin de Gortyne, en Crète ; là il devint un aigle et
viola Europe dans un bois de saules, auprès d'une source ; ou, selon
certains, sous un platane. Elle lui donna trois fils : Minos, Rhad amante
et Sarpédon.
Agénor envoya ses fils à la recherche de leur sœur en leur interdisant de
revenir sans elle. Ils prirent la mer aussitôt, mais n'ayant pas la moindre
idée de l'endroit où était allé le taureau, chacun d'eux s'engagea dans une
direction différente. Phoenix se dirigea vers l'ouest, s'en fut au-delà de
la Libye, vers ce qui est devenu Carthage, et la il donna son nom aux
Puniques ; mais, à la mort d'Agénor, il revint à Canaan, qui s'appelle
depuis lors Phénicie en son honneur, et la
il devint le père d'Adonis par Alphésibée. Cilix se rendit au pays des
Hypachéens, qui prit son nom, la Cilicie, et Phinée, à Thynie, une péninsule
séparant la mer de Marmara de la mer Noire, ou par la suite les Harpyes le
tourmentèrent cruellement. Thasos et ses compagnons se rendirent d'abord à
Olympie où ils dédièrent une statue de bronze à Héraclès Tyrien, tenant une
massue et un arc, haute de dix aunes, puis ils se remirent en route,
colonisèrent l'île de Thasos et en exploitèrent les riches mines d'or. Tout
cela se passait cinq générations avant qu'Héraclès, fils d'Amphitryon,
naquit en Grèce.
Cadmos s'embarqua avec T éléphassa
pour Rhodes, ou il dédia un chaudron d'airain à Héra de Lindos et érigea le
temple de Poséidon ; il y laissa, après son départ, une communauté de
prêtres pour le servir. Après cela, ils abordèrent à Théra et y bâtirent un
temple semblable. Finalement ils atteignirent le pays des Edoniens de Thrace
qui les reçurent de façon très hospitalière. Là Téléphassa mourut subitement
et, après ses funérailles, Cadmos et ses compagnons se rendirent à pied à
l'oracle de Delphes. Lorsqu'il demanda où se trouvait Europe, la Pythie lui
conseilla de renoncer à la chercher mais plutôt de suivre une vache et de
fonder une cité en chacun des endroits ou elle se laisserait tomber.
Ayant pris la route qui mène de Delphes en Phocide, Cadmos renco ntra
des bergers au service du roi Pélagon qui lui vendirent une vache marquée
d'une pleine lune blanche sur chaque flanc. II mena la bête vers l'est,
traversa la Béotie, sans la laisser se reposer, jusqu'a ce qu'enfin elle
s'abattit, épuisée, sur l'emplacement actuel de la ville de Thèbes, et là
Cadmos érigea une statue d'Athéna, à laquelle il donna son nom phénicien :
Onga.
Cadmos déclara à ses compagnons que la vache devait être sacrifice à Athéna
sans tarder ; il les envoya chercher de l'eau lustrale a la Source d'Ares,
appelee aujourd'hui source de Castalie, mais il ignorait qu'elle était
gardée par un dragon. Ce dragon tua la plupart des hommes de Cadmos qui se
vengea en lui écrasant la tête sous un rocher. Il n'avait pas plus tôt
offert le sacrifice à Athéna que celle-ci lui apparut le remercia pour ce
qu'il avait fait et lui donna l'ordre de semer en terre les dents du dragon.
Dès qu'il lui eut obéi, des Spartoi ou Hommes Semés se levèrent du sol en
faisant cliqueter leu rs
armes. Cadmos lança une pierre au milieu d'eux. Une querelle s'ensuivit car
ils s'accusaient réciproquement et, bientôt, ils en vinrent aux mains si
furieusement qu'a la fin cinq d'entre eux seulement survécurent : Échion,
Oudaeos, Chthonios, Hypérénor et Péloros, qui d'un commun accord offrirent
leurs services a Cadmos. Cependant, Arès réclamait une vengeance pour le
meurtre du dragon et Cadmos fut condamné, par un tribunal des dieux, à
devenir son esclave pendant une Grande Année.
Cadmos et Harmonie
Après que Cadmos eut travaillé comme esclave durant huit ans au service
d'Arès pour expier le meurtre du dragon de Castalie, Athéna lui donna la
Béotie. Aide de ses hommes armés, il construisit la citad elle
thébaïne appelée Cadmée, en son honneur, et, après avoir été initié aux
mystères que Zeus avait enseignés à Iasion, il épousa Harmonie, la fille
d'Aphrodite et d'Arès ; selon certains, Athéna la lui donna en mariage lors
de son voyage à Samothrace.
Ce fut le premier mariage auquel prenaient part les dieux de l'Olympe. On
avait installe pour eux douze trônes d'or dans la maison de Cadmos qui se
trouvait sur l'emplacement de l'actuelle place du marche à Thèbes ; chacun
d'eux apporta un cadeau. Aphrodite donna en présent à Harmonie le célèbre
collier d'or, œuvre d'Héphaïstos — que Zeus avait autrefois offert a Europe,
sœur de Cadmos, lorsqu'il était épris d'elle — et qui conférait une beauté
irrésistible à celle qui le portait. Athéna lui fit don d'une robe tissée
d'or qui donnait une démarche divine et aussi une paire de flûtes. Hermès
offrit une lyre. Le cadeau de Cadmos a Harmonie fut aussi une robe
magnifique ; Électre, mère d'Iasion, lui enseigna les rites de la Grande
Déesse et Déméter lui assura une belle récolte d'orge en s'unissant avec
Iasion durant la cérémonie dans un champ trois fois laboure. Les Thébains
montrent encore aujourd'hui le lieu ou les Muses jouaient de la flûte en
chantant,
ce jour-la, et ou Apollon fit de la musique sur sa lyre.
Dans ses vieux jours, et pour plaire à Arès, qui ne lui avait pas tout à
fait pardonné d'avoir tué le dragon, Cadmos abandonna le trône de Thèbes en
faveur de son petit-fils Penthée, que sa fille Agave avait eu d'Echion,
l'Homme Sémé, et il vécut paisiblement dans la ville. Mais lorsque Penthée
fut tué par sa mère, Dionysos prédit que Cadmos et Harmonie, arrivant dansun
char tramé par des génisses, régneraient sur des hordes barbares. Ces
barbares, avait-il dit, mettraient a sac de nombreuses villes grecques et
enfin pilleraient un temple d'Apollon, après quoi ils subiraient un juste
châtiment ; mais Arès viendrait à l'aide de Cadmos et Harmonie en les
changeant en serpents, et ils vivraient heureux pour toujours dans l'île des
Bienheureux.


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